Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/665

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SONS HARMONIQUES ou SONS FLUTES. Espece singuliere de Sons qu’on tire de certains Instrumens, tels que le Violon & le Violoncelle, par un mouvement particulier de l’archet, qu’on approche davantage du Chevalet, & en posant légérement le doigt sur certaines divisions de la Corde. Ces Sons sont fort différens pour le timbre & pour le Ton de ce qu’ils ferment, si l’on appuyoit tout-à-fait le doigt. Quant au Ton, par exemple, ils donneront la Quinte quand ils donneroient la Tierce, la Tierce quand ils donneroient la Sixte, &c. Quant aux timbres, ils sont beaucoup plus doux que ceux qu’on tire pleins de la même division, en faisant porter la Corde sur le manche ; & c’est à cause de cette douceur qu’on les appelle Sons flûtés. Il faut, pour en bien juger, avoir entendu M. Mondonville tirer sur son Violon, ou M. Bertaud sur son Violoncelle, des suites de ces beaux Sons. En glissant légèrement le doigt de l’aigu au grave depuis le milieu d’une Corde qu’on touche en même tems de l’archet en la maniere susdite, on entend distinctement une succession de Sons harmoniques du grave à l’aigu, qui étonne fort ceux qui n’en connoissent pas la Théorie.

Le principe sur lequel cette Théorie est fondée, est qu’une Corde étant divisée en deux parties commensurables entr’elles, & par conséquent avec la Corde entiere, si l’obstacle qu’on met au point de division n’empêche qu’imparfaitement la communication des vibrations d’une partie à l’autre, toutes les fois qu’on sera sonner la Corde dans cet état, elle rendra non le Son de la Corde entiere, ni celui de sa grande partie,