Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/669

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une Langue qui n’en est pas susceptible, nous ont obligés de chercher à faire avec les Instrumens ce qu’il nous est impossible de faire avec nos Voix. J’ose prédire qu’un goût si peu naturel ne durera pas. La Musique purement Harmonique est peu de chose ; pour plaire constamment, & prévenir l’ennui, elle doit s’élever au rang des Arts d’imitation ; mais son imitation n’est pas toujours immédiate comme celles de la Poésie & de la Peinture ; la parole est le moyen par lequel la Musique détermine le plus souvent l’objet dont elle nous offre l’image, & c’est par les Sons touchans de la voix humaine que cette image éveille au fond du cœur le sentiment qu’elle y doit produire. Qui ne sent combien la pure Symphonie dans laquelle on ne cherche qu’à faire briller l’Instrument, est loin de cette énergie ? Toutes les folies du Violon de M. Mondonville m’attendriront-elles comme deux Sons de la voix de Mademoiselle le Maure ? La Symphonie anime le Chant, & ajoute à son expression, mais elle n’y supplée pas. Pour savoir ce que veulent dire tous ces fatras de Sonates dont on est accablé, il faudroit faire comme ce Peintre grossier, qui étoit obligé d’écrire au-dessous de ses figures ; c’est un arbre, c’est un homme, c’est un cheval. Je n’oublierai jamais la saillie du célebre Fontenelle, qui se trouvant excédé de ces éternelles Symphonies, s’écria tout haut dans un transport d’impatience : Sonate, que me veux-tu ?

SONNER, v. a. & n. On dit en composition qu’une Note Sonne sur la Basse, lorsqu’elle entre dans l’Accord & fait Harmonie ; à la différence des Notes qui ne sont que de goût, & ne servent qu’à figurer, lesquelles ne Sonnent point.