Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/786

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Violon, marque qu’il doit jouer à l’Unisson sur la Partie du premier ; & ce même mot, écrit sur la Portée vide du premier Violon, marque qu’il doit jouer à l’Unisson sur la Partie du Chant.

UNITE DE MÉLODIE. Tous les beaux Arts ont quelque Unité d’objet, source du plaisir qu’ils donnent à l’esprit : car l’attention partagée ne se repose nulle part, & quand deux objets nous occupent, c’est une preuve qu’aucun des deux ne nous satisfait. Il y a, dans la Musique, une Unité successive qui se rapporte au sujet, & par laquelle toutes les Parties, bien liées, composent un seul tout, dont on apperçoit l’ensemble & tous les rapports.

Mais il y a une autre Unité d’objet plus fine, plus simultanée, & d’où naît, sans qu’on y songe, l’énergie de la Musique & la forcé de ses expressions. Lorsque j’entends chanter nos Pseaumes à quatre Parties, je commence toujours par être saisi, ravi de cette Harmonie pleine & nerveuse ; & les premiers accords, quand ils sont entonnés bien juste, m’émeuvent jusqu’à frissonner. Mais à peine en ai-je écouté la suite, pendant quelques minutes, que mon attention se relâche, le bruit m’étourdit peu-à-peu ; bientôt il me lasse, & je suis enfin ennuyé de n’entendre que des Accords.

Cet effet ne m’arrive point, quand j’entends de bonne Musique moderne, quoique l’Harmonie en soit moins vigoureuse, & je me souviens qu’à l’Opéra de Venise, loin qu’un bel Air bien exécuté m’ait jamais ennuyé, je lui donnois, quelque long qu’il fût, une attention toujours nouvelle, &