Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/787

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l’écoutois avec plus d’intérêt à la fin qu’au commencement.

Cette différence vient de celle du caractere des deux Musiques, dont l’une n’est seulement qu’une suite d’Accords, & l’autre est une suite de Chant. Or le plaisir de l’Harmonie n’est qu’un plaisir de pure sensation, & la jouissance des sens est toujours courte, la satiété & l’ennui la suivent de près mais le plaisir de la Mélodie & du Chant est un plaisir d’intérêt & de sentiment qui parle au cœur, & que l’Artiste peur toujours soutenir & renouveller à forcé de génie.

La Musique doit donc nécessairement chanter pour toucher, pour plaire, pour soutenir l’intérêt & l’attention. Mais comment dans nos Systêmes d’Accords & d’Harmonie, la Musique s’y prendra-t-elle pour chanter ? Si chaque Partie a son Chant propre, tous ces Chants, entendus à la fois, se détruiront mutuellement, & ne seront plus de Chant : si toutes les Parties sont le même Chant, l’on n’aura plus d’Harmonie, & le Concert sera tout à l’Unisson.

La maniere, dont un instinct musical, un certain sentiment sourd du génie, a levé cette difficulté sans la voir, & en a même tiré avantage, est bien remarquable. L’Harmonie, qui devroit étouffer la Mélodie, l’anime, la renforce, la détermine : les diverses Parties, sans se confondre, concourent au même effet ; & quoique chacune d’elles paroisse avoir son Chant propre, de toutes ces Parties réunies on n’entend sortir qu’un seul & même Chant. C’est-là ce que j’appelle Unité de Mélodie.

Voici comment l’Harmonie concourt elle-même à cette Unité, loin d’y nuire. Ce sont nos Modes qui caractérisent