Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/176

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l66 DU CONTRAT SOCIAL

��CHAPITRE VI

DE LA LOI

Par le pacte social nous avons donné l'existence et la vie au corps politique : il s'agit maintenant de lui donner le mouvement et la volonté par la légis- lation. Car l'acte primitif par lequel ce corps se forme et s'unit ne détermine rien encore de ce qu'il doit faire pour se conserver.

Ce qui est Bien et conforme à l'ordre est tel par la nature des choses et indépendamment des conventions humaines (*). Toute justice vient de Dieu, lui seul en est la source ; mais si nous savions la recevoir de si haut, nous n'aurions besoin ni de gouvernement ni de lois. Sans doute il est une justice universelle émanée de la raison seule ; mais cette justice, pour être admise entre nous, doit être réciproque. A considérer humainement les choses, faute de sanction naturelle, les lois de la justice sont vaines parmi les hommes ; elles ne font que le bien du méchant et le mal du juste, quand celui-ci les observe avec tout le monde sans que personne les observe avec lui. Il faut donc des conventions et des lois pour unir les droits aux devoirs et ramener

(*) Rousseau reprend et développe ici la distinction déjà indiquée plus haut, I,vm(voirp. i36,note i) de deux formes de la moralité, du bien et de la justice : au sens absolu, ces notions sont indépendantes de toute convention et ont pu précéder l'état social; mais, au sens relatif et réel, le pacte social seul en fait des réalités, en leur donnant un carac- tère obligatoire et réciproque.

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