Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/187

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


obéissent avec liberté[1], et portassent docilement le joug de la félicité publique.

Cette raison sublime, qui s’élève au-dessus de la portée des hommes vulgaires, est celle dont le législateur met les décisions dans la bouche des immortels, pour entraîner par l’autorité divine ceux que ne pourrait ébranler la prudence humaine[2]. Mais il n’appartient pas à tout homme de faire parler les dieux, ni d’en être cru[3] quand il s’annonce pour être

  1. Des lois sociales édictées par les mêmes divinités qui ont établi les lois naturelles devaient apparaître aux anciens hommes comme également inéluctables, et, quoi qu’ils ne pussent pas encore comprendre l’utilité pratique qui décidera plus tard des citoyens plus éclairés à y obéir avec liberté, leur obéissance cependant était libre aussi en un autre sens, car c’est volontairement qu’ils s’inclinaient devant une nécessité mystérieuse et d’autant plus respectée. « La dépendance des choses, dit Rousseau dans l’Émile (liv. II), n’ayant aucune moralité, ne nuit point à la liberté.... » Cf. Introd., ch. I, § 2.
  2. (a) « E veramente, dit Machiavel, mai non fù alcuno ordinatore di leggi straordinarie in un popolo, che non ricorresse a Dio, perchè altrimenti non sarebbero accettate ; perchè sono molti boni conosciuti da uno prudente, i quali non hanno in se ragioni evidenti da potergli persuadere ad altrui. » (Discorsi sopra Tito Livio, L. I, c. xi.) (Note de Rousseau). « À la vérité, jamais il n’y eut, dans aucun peuple, de législateur extraordinaire qui ne recourût à Dieu, car autrement ses lois n’eussent pas été acceptées ; il y a en effet beaucoup de vérités utiles que peut connaître un sage et qui n’ont pas en elles de raisons si évidentes qu’elles puissent convaincre les autres. »
  3. Quelques éditeurs ont supprimé « en », ce qui donne un sens beaucoup plus simple. Mais le même texte est aussi donné par le Ms. de Genève (éd. Dreyfus, p. 299) ; il faut donc entendre que le génie du législateur doit, en quelque sorte, forcer les dieux à justifier ses prédictions.