Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/331

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sances, deux souverains, en Angleterre et en Russie, tout comme ailleurs [1].

De tous les auteurs chrétiens, le philosophe Hobbes est le seul qui ait bien vu le mal et le remède, qui ait osé proposer de réunir les deux têtes de l’aigle, et de tout ramener à l’unité politique, sans laquelle jamais État ni gouvernement ne sera bien constitué [2] ; mais il a dû voir que l’esprit dominateur du christianisme était incompatible avec son système, et que l’intérêt du prêtre serait toujours plus fort que celui de l’État. Ce n’est pas tant ce qu’il y a d’horrible et de faux dans sa politique, que ce qu’il y a de juste et de vrai, qui l’a rendue odieuse [3].

  1. La puissance législative est en effet, selon Rousseau, la marque et la prérogative essentielle de la souveraineté. Or, en matière religieuse, elle appartient au clergé, non au roi ni au czar.
  2. Hobbes, De Cive, Religio.
  3. (a) Voyez, entre autres, dans une lettre de Grotius à son frère, du 11 avril 1643, ce que ce savant homme approuve et ce qu’il blâme dans le livre de Cive. Il est vrai que, porté à l’indulgence, il paraît pardonner à l’auteur le bien en faveur du mal ; mais tout le monde n’est pas si clément. (Note de Rousseau). (*)

    (*) Grotius goûte les conclusions « monarchistes » de Hobbes, mais non ses principes utilitaires ni sa justification théorique du pouvoir absolu du souverain (il est vrai que ce mot désigne chez lui le gouvernement, et non le peuple, comme chez Rousseau) sur les opinions morales et religieuses des citoyens. On voit au contraire que Rousseau s’accorde en grande partie sur ce point avec Hobbes, mais il trouve vraisemblablement « horrible et faux » le mépris où le philosophe anglais tient la liberté et l’égalité des individus. Rousseau veut bien d’un pouvoir absolu, mais qui émane réellement de la volonté de tous et qui soit exercé par tous dans l’intérêt de tous.