Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/78

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68 INTRODUCTION

titut de la loi naturelle, et représente la condition rationnelle de tout droit et de toute liberté.

Enfin, j'ai essayé de montrer comment Rousseau avait concilié tout autrement qu'on ne le taisait avant lui la liberté du citoyen et l'autorité de l'Etat et, suppri- mant devant la toute-puissance du souverain toute barrière matérielle, avait cherché à tirer du caractère même de la volonté générale et de l'universalité néces- saire de la loi une limite en quelque sorte formelle de cette toute-puissance. Et si, par sa définition de la loi, par sa conception du rôle des idées morales et de la « vertu », il rappelle parfois Montesquieu, la manière seule dont il pose le problème de l'État suffirait à attri- buer au Contrat social une place bien à part entre tous les livres des politiques : malgré les emprunts faits par Rousseau à tous ses prédécesseurs, le Contrat social ne me paraît pas moins original que l'Emile ou la Nouvelle Héloïse : pour la première fois, avec une entière hardiesse et une effrayante (*) rigueur logique, le problème politique était posé et résolu du point de vue de la raison pure et de la conscience morale.

11 me semble donc que c'est mal comprendre Rous- seau que de chercher à l'expliquer par l'influence précise et directe d'un homme, d'une ville ou d'un système. Sa personnalité est plus vigoureuse, et la seule influence vraiment importante et bien certaine qu'il ait subie, — influence très générale, mais d'autant plus profonde, insaisissable dans tel détail particulier mais manifeste dans l'ensemble d'une œuvre et dans l'orientation d'un esprit, — c'est celle des deux grands courants d'idées, partiellement analogues d'ailleurs, qui ont surtout agi

f 1 ) M. Brunetière (Manuel de L'histoire de la littérature française) a insisté sur l'impression de « terreur », selon le mol de Garât, que les contemporains avaient sentie en lisant Rousseau.

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