Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/79

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INTRODUCTION (V)

sur son milieu natal et sur son temps, l'esprit calviniste et l'esprit cartésien. D'une part, Rousseau a été profon- dément marqué de l'esprit protestant, et les idées libé- rales et démocratiques dont le protestantisme, pour des raisons multiples, s'est trouvé le foyer pendant deux siècles, se sont implantées de bonne heure dans son esprit et surtout dans son cœur : il a dû sans doute à Genève et à Calvin, autant qu'à son tempérament naturel, cette fierté républicaine qui est comme le style même du Contrat social et qui a tant contribué à l'in- fluence du livre dans la suite. Et, d'autre part, le grand mouvement rationaliste et philosophique du xvm e siècle me paraît manifestement issu du Discours de la Méthode. Descartes avait cru pouvoir excepter de sa critique méthodique les vérités de la foi et les principes de la politique ; ce fut précisément l'œuvre commune des hommes du xvm e siècle, de Montesquieu, de Voltaire et de Rousseau, si divers d'ailleurs et se proposant des buts si distincts, que d'abattre ces dernières bar- rières et d'essayer de fonder sur des principes clairs et distincts la vie sociale comme la vie religieuse. A ce titre, la Profession de foi du vicaire savoyard et le Contrat social sortent également du cartésianisme (*). Il me paraît même que cette influence est beaucoup plus grande que la première et que Rousseau, quoi qu'on en ait dit et quoi qu'il en ait dit lui-même, est beaucoup plus philosophe que chrétien. S'il invoque sans cesse le sentiment, n'oublions pas que le sentiment n'est pour lui que la voix de la nature et que la nature ne se conçoit que par la raison.

��(*) Cf. Henry Michel, l'Idée de l'Etat, p. 67 : « l'esprit qui l'anime (Rousseau) est un esprit cartésien. »

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