Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/91

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


INTRODUCTION 8l

tution d'un o grand jury national » « pour garantir les citoyens de l'oppression du corps législatif et du conseil exécutif » : îl est permis de voir dans ce projet, ajourné par la Convention, mais vivement soutenu par Robes- pierre (*), une application des idées de Rousseau sur la nécessité, dans une démocratie, de corps intermé- diaires, tels que le tribundt, destinés à assurer l'équili- bre des différents organes de l'État ( 2 ). Et l'on pourrait montrer dans beaucoup d'autres projets encore l'in- fluence de Rousseau ( 3 ).

C'est surtout dans la politique religieuse de la Révolution que cette influence s'est fait nettement sentir et s'est traduite par des actes précis. D'après M. Aulard, les révolutionnaires auraient été amenés à combattre les idées chrétiennes, dont ils étaient encore tous, au début surtout, profondément imbus, et à essayer d'y substituer une religion civile, *« non par philosophie, mais par patriotisme ( 4 ) », parce que les prêtres catholiques étaient à la tête de la résistance contre-révo- lutionnaire et pactisaient avec l'étranger. 11 me semble

(*) Séance du 16 juin 1793 (Aulard, II, iv, § 5).

{-) C. s., IV, v. — Gudin fouv. cit'.J avait aussi réclamé des institutions de ce genre.

( 3 ) Ainsi, Le 10 mai 1793, Isnard demande que le « pacte social )) ne soit pas définitif et que la patrie française ne soit établie que pour trente ans. Cf. C. s., I, vu : « il ne peut y avoir nulle espèce de loi fondamentale obligatoire pour le corps du peuple, pas même le contrat social ». — De même, Robes- pierre, sans doute pour combattre la Gironde, avait proposé, le 24 avril 1793, d'introduire dans la Déclaration des droits une nouvelle formule (retirée d'ailleurs par lui dans la suite), où la propriété était définie exactement comme elle eût pu l'être par Rousseau : « la propriété est le droit qu'a chaque citoyen de jouir et de disposer de la portion des biens qui lui est garantie par la loi. » (Aulard, II, iv, § 3). Cette formule a été souvent reprise par les partis avancés, de 1830 à 1850.

( l Aulard, le Culte de la Raison et le Culte de l'Être suprême (Paris, 1892), p. 15. — Cf. Hist. pol. de la rév., II, ix; III, vi ; IV, m.

��� �