Page:Rousseau - Du contrat social éd. Dreyfus-Brisac.djvu/310

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APPENDICE l. 249 les individus qui le constituent. Ajoutons-y, si l’on veut, cette suppc- sition : concevoir le genre humain comme une personne morale ayant avec un sentiment d’existence qui Iui donne l’individualité et la constitue une, un mobile universel qui fasse agir chaque partie pour une fin générale et relative au tout. Concevons que ce sentiment commun soit celui de l’humanité, et que la loi naturelle soit le prin- cipe actif de toute la machine. Observons ensuite ce qui résulte de la constitution de l’homme dans ses rapports avec ses semblables,et, tout au contraire de ce que nous avons supposé, nous trouverons que le progrés de la société étouffe l’humanité dans les cceurs en éveillant Pintérét personnel et que les notions de la loi naturelle, qu’il faudrait plutot appeler la loi de raison, ne commencent at se développer que quand le développement antérieur des passions rend impuissants tous ses préceptes. Par ou l'on voit que ce prétendu traité social dicté par la nature est une veritable chimére, puisque les conditions en sont toujours inconnues ou impraticables et qu’il faut nécessairement les ignorer ou les enfreindre . Si la société générale existait ailleurs que dans les systémes des philosophes, elle serait, comme je l’ai dit, un étre moral qui aurait des qualités propres et distinctes de celles des étres particuliers qui la constituent,a peu pres comme les composés chimiques ont des propriétés qu’ils ne tiennent d’aucun des mixtes qui les composent. Il y aurait une langue universelle que la nature apprendrait a tous les hommes et qui serait le premier instrument de leur mutuelle communication; il y aurait une sorte de sensorium commun qui survivrait a la correspondance de toutes les parties; le bien et le mal public ne seraient pas seulement la somme des biens ou des maux par- i ticuliers comme dans une simple agrégation, mais il résiderait dans i la raison qui les unit; il serait plus grand que cette somme,et loin ` que la félicité publique ftlt établie sur le bonheur des particuliers, c’est elle qui en serait la source (t) nk. Il est faux, que dans l’état d’indépendance la raison nous porte A concourir au bien commun par la vue de notre propre intérét : loin que l’intérét particulier s’allie au bien général, ils s’excluent l’un l’autre (a) dans l’ordre naturel des choses, et les lois sociales sont un joug que chacun veut bien imposer aux autres, mais non pas s’en charger lui—méme (b). lt Je sens que je porte l’épouvante et le trouble (t) Ce passage entre croix est barré dans le manuscrit. — Voir Contra! social, liv. I, I . . ch (Z) Discours sur Hnégalité, note g. Qu'on admire tant qu'on voudra la société humaine, il n'en sera pas moins vrai qu‘elIc porte nécessairement les hommes tl s‘entre· hair it proportion que leurs intéréts se croisent. ai se rendre mutuellement des services Ipp8l‘€ll[5 ct A SC f8ll'¢ CD elfet tous l¢S ITIRUX llII8glIl8bl¢S. Que peut-on p¢[1S¢f d°I.Ill commerce oit Ia raison de chaquc particulier Iui dicte des maximes directement contraires a celles que la raison publique préche au corps dc la société et ot`: chacun trouve son compte dans le malheur d°autrui? fb) Emile, liv. IV. Le précepte meme d°agir avec autrui, comme nous voulons qu'on