Page:Rousseau - Du contrat social éd. Dreyfus-Brisac.djvu/381

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qui la rend légitime ; il en coûte presque toujours pour être juste. Est-on pour cela dispensé de l’être ? S’il n’y a jamais eu et qu’il ne puisse y avoir de véritable guerre entre les particuliers, qui sont donc ceux entre lesquels elle a lieu, et qui peuvent s’appeler réellement ennemis ? Je réponds que ce sont les personnes publiques. Et qu’est-ce qu’une personne publique ? Je réponds que c’est cet être moral qu’on appelle souverain, a qui le pacte social a donné l’existence, et dont toutes les volontés portent le nom de lois. Appliquons ici les distinctions précédentes : on peut dire, dans les effets de la guerre, que c’est le souverain qui fait le dommage, et l’Etat qui le reçoit.

Si la guerre n’a lieu qu’entre des étres moraux, elle ne nuit point aux hommes, et l’on peut la faire sans (I) ôter la vie a personne (a). Mais ceci demande explication.

A n’envisager les choses que selon la rigueur du pacte social, la terre, l’argent, les hommes, et tout ce qui est compris dans l’enceinte de l’Etat lui appartient sans réserve. Mais ces droits de la société, fondés sur ceux de la nature, ne pouvant les anéantir, tous ces objets (2) doivent étre considérés sous un double rapport, savoir: le sol comme territoire ·public et comme patrimoine des particuliers, les biens comme appartenant dans un sens au souverain, et dans un autre aux propriétaires, les habitants comme citoyens et comme hommes (b). Au fond, le corps politique n’étant qu’une personne morale, n’est qu’un étre de raison. Otez la convention publique, l’Etat est détruit sans la moindre altération dans tout ce qui le compose, et (3) jamais toutes les conventions des hommes ne (4) sauraient changer rien dans le physique (5) des (6) choses. Qu’est-ce donc que (7) faire la guerre a un souverain? c’est attaquer la convention publique et tout ce qui en résulte; car l’essence de l’Etat ne consiste qu’en cela. Si le pacte social pouvait étre tranché d’un seul coup, a l’instant il n’y aurait plus de guerre, et de ce seul coup l’Etat serait tué sans qu’il mourdt un seul homme. Aristote dit que pour autoriser les cruels traitements (8) qu’on faisait souffrir a Sparte aux Ilotes, les Ephores, en entrant en charge, leur déclaraient solen-

( qui vole, tue ou détient les suiets sans déclarer la guerre au prince, n’est pas un ennemi ° c’est un brigand.

(t) Tuer.

(2) Peuvent.

(3) L’on sait bien que.

(4,) Peuvent rien.

(5) Nature.

(6) Homme:.

(7) Atta.],

(8) Inhumains auxquels. _

(a) Cont:-at social, liv. I, chap. iv. — Quelquefois on peut tuer l’Et•t sans tuer un seul de ees membres.

(b) Voir Contrat social. liv. l,jchap. xx, premier paragraphe.