Page:Rousseau - Du contrat social éd. Dreyfus-Brisac.djvu/482

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


APPENDICE VIII. 4og Il ne faut pas non plus croire avec l’abbé de Saint-Pierre que meme avec la bonne volonté que les princes et les ministres n’auront jamais, il fut aisé de trouver un moment favorable a Pexécution de ce systéme; car il faudrait pour cela que la somme des intérets parti- culiers ne Pemportet pas sur Pintérét commun et que chacun crilt voir dans le bien de tous le plus grand bien qu’il put espérer ·pour lui- meme. Si nous avons bien raisonné dans l’¢-exposition de ce projet, il est démontré premiérement que 1’étabIissement de la paix perpétuelle dépend uniquement du consentement des souverains et n’ofl`re point a lever d’autres difiicultés que leur résistance. Toute l’occupation des rois ou de ceux qu’ils chargent de leurs fonctions se rapporte a deux seuls objets: étendre leur domination au dehors, et la rendre plus absolue au dedans. Toute autre vue ne se rapporte a l’une de ces deux, ou ne leur sert que de prétexte.Telles sont celles du bien public, du bonheur des sujets, de la gloire de la nation, mots a jamais proscrits du cabinet et si lourdement employés dans les édits publics qu’ils n’annoncent jamais que des ordres funestes et que le pc uple gémit d’avance quand ses maitres lui parlent de leurs soins paternels... J e demande s’il y a dans le monde un souverain qui, borne ainsi pour jamais dans ses projets les plus chéris, supportét sans indigna- tion la seule idée de se voir forcé d’etre iuste,non seulement avec les étrangers, mais meme avec ses propres sujets. Une autre semence de guerre plus cachée et non moins réelle c’est que les choses ne changent point de forme en changeant de nature, que des Etats héréditaires en eifet restent électifs en apparence, qu’il y ait des parlements ou Etats nationaux dans des monarchies, des chefs héréditaires dans des républiques, qu’une puissancedépendante d’une autre conserve encore une apparence de liberté, que tous les peuples soumis au meme pouvoir ne soient pas gouvernés par les memes lois, que l’ordre de succession soit différent dans les divers états d’un meme souverain, enlin que chaque gouvernement tende toujours a s’altérer sans qu’il soit possible d’empecher ce progres... Ce serait d’ailleurs une grande erreur d’espérer que cet état put changer par la seule force des choses et sans le secours de l’art... Ce qui est utile au public ne s’introduit guere que par la force, attendu que les intérets particuliers sont presque toujours opposés. Sans doute la paix perpétuelle est a présent un projet tres absurde;