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La Monongahéla

— C’était du temps, mesdames, dit-il, qu’il y avait des fées. Un jour la fée bleue consulta son bon petit cœur — car c’était une bonne fée que la fée bleue. — Elle consulta donc son petit cœur, disais-je, et se demanda ce qu’elle pourrait bien faire pour ses filles, les habitantes des divers pays.

« Après avoir songé quelques instants, un sourire aimable et bon éclaira sa figure et apercevant à ses côtés son nain amarante, elle lui ordonna de sonner du cor et de la suivre sur la terre.

« Au son éclatant de ce cor, une jeune femme de chaque nation se présenta timidement au pied du trône de la fée bleue. Il y en eût bientôt un nombre considérable.

« Les ayant fait approcher tout près d’elle, la fée bleue leur tint à peu près ce langage : « Mes chères filles, dit-elle, je vous ai rassemblées autour de moi afin de vous distribuer les trésors de mes faveurs, et je désire qu’aucune de vous n’ait à se plaindre du don que je vais lui faire. Il m’est impossible de vous donner à chacune la même chose ; mais je vous le demande à vous-mêmes : une telle uniformité n’en ôterait-elle pas tout le mérite ? »

« La fée bleue n’est pas babillarde, c’est-là son moindre défaut. Aussi borna-t-elle ses remarques à ces quelques paroles bien senties et elle commença de suite la distribution de ses présents.

« Elle fit d’abord avancer la jeune femme qui