Page:Rousseau - La Monongahéla, 1890.djvu/61

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
63
La Monongahéla

— Oh ! ce jour où vous m’avez sauvé la vie ! je ne l’oublierai jamais !

— Eh bien ! de ce jour date la vie pour moi. Jusque-là, j’avais mené une espèce d’existence végétative, sans souci, comme je vous le disais tout à l’heure ; de ce jour, je compris qu’il existait des jouissances qui m’étaient inconnues, mais depuis ce jour aussi, je sais qu’il est des souffrances que j’ignorais ; j’appris que le doute et l’incertitude ne sont pas les moindres plaies du cœur. Or, mademoiselle, ce doute et cette incertitude, je veux les éclaircir.

— Monsieur !

— Mademoiselle, si vous permettiez au plus humble de vos admirateurs d’oser prétendre à votre main, je vous jurerais de consacrer ma vie à votre bonheur et à votre protection !

La jeune fille ne répondit pas et resta confuse, les yeux rivés sur la fleur qu’elle tenait à la main.

— Dois-je interpréter votre silence comme un refus ? reprit le jeune homme d’une voix tremblante.

— Ce n’est pas à moi qu’il faut demander ma main, répondit Irène d’une voix douce comme un zéphir du printemps, c’est à M. de Vaudreuil et à ma bonne tante auxquels je dois tout ce que je suis.

— Je le sais, mademoiselle, mais je ne peux pas tenter cette démarche avant mon retour. Cependant il me serait bien consolant d’emporter l’espoir que vous ne me repousserez pas, si votre protecteur veut