Page:Rousseau - Le château de Beaumanoir, 1886.djvu/72

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mère, il ne pouvait placer auprès de moi que toi, ma bonne Dorothée, pour la remplacer.

— Claire ! dit Dorothée avec des larmes dans la voix et en l’embrassant.

— Oh ! ma sainte mère doit te bénir là-haut !

Et Claire se jeta dans ses bras.

— C’est le jeune homme qui vous a sauvé la vie, le jeune homme au bouquet, n’est-ce pas, que vous aimez ?

— Comment, tu sais ?

— Oui. Et lui, vous aime-t-il bien ?

— Oh ! oui, il m’aime.

Il y avait tout un élan de conviction sincère, de foi profonde dans l’intonation dont la jeune fille prononça cette réponse en enfouissant sa jolie tête dans le fichu de toile qui recouvrait les épaules de Dorothée.

Celle-ci baisa Claire sur le front.

— Je donnerais tout ce qui me reste d’années à vivre, dit-elle, pour vous voir heureuse. Mais patience, le bonheur viendra. Maintenant que je sais tout, je tâcherai de faire tout !… Mais il est quatre heures bientôt, couchez-vous, ne pleurez plus, afin que vous soyez fraîche tantôt et que votre père ne se doute de rien.

Et Dorothée quitta la chambre.