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CHIQUENAUDE

Par malheur l’illustre Cadran venait de tomber malade. Un inconnu le doublait dans le personnage de Méphistophélès.

Tout le long de son rôle, Méphisto ne cessait d’avoir des duels dont il sortait toujours vainqueur, grâce à son costume en grosse étoffe écarlate ; cette étoffe était fée et l’épée la plus solidement trempée ne pouvait parvenir à l’entamer. Pourtant les voyages, les fatigues et les intempéries finissaient par l’user à la longue. Heureusement Méphisto en avait une réserve en enfer, et quand un endroit menaçait de se déchirer, il mettait un morceau. Le costume gardait ainsi éternellement sa vertu magique.

Méphisto se savait si bien invulnérable, qu’avant de se battre il ne manquait pas de réciter joyeusement une ode victorieuse.

C’est cette ode que mes chers Gauffre et Flambeau m’avaient demandé d’écrire. La voici telle que je m’en souviens :


Quel est l’insensé qui se flatte
De percer l’étoffe écarlate
Dont je suis tout entier vêtu ?
À te voir mon cœur se dilate
De joie ! Ignorant, ne sais-tu