Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/108

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Un frisson de curiosité ranima l’assistance à l’entrée de la grande tragédienne italienne Adinolfa, vêtue d’une simple robe noire qui accentuait la tristesse fatale de sa physionomie assombrie elle-même par de beaux yeux de velours et par une opulente chevelure brune.

Après une courte annonce, Adinolfa se mit à déclamer en italien des vers du Tasse amples et sonores ; ses traits exprimaient une douleur intense, et certains éclats de sa voix touchaient presque au sanglot ; elle tordait ses mains avec angoisse, et toute sa personne vibrait douloureusement, ivre d’exaltation et de désespoir.

Bientôt de vraies larmes jaillirent de ses yeux, prouvant la troublante sincérité de son prodigieux émoi.

Parfois elle s’agenouillait, courbant la tête sous le poids de son chagrin, pour se relever ensuite, les doigts joints et tendus vers le ciel, auquel semblaient s’adresser avec ferveur ses accents déchirants.

Ses cils ruisselaient sans cesse, tandis que, soutenues par sa mimique impressionnante, les stances du Tasse résonnaient âprement, dites