Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/141

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provoqué cette agitation artistique et prévue.

L’apparition dura quelques secondes, puis les eaux, s’aplanissant peu à peu, reprirent leur unité de miroir.

Habilement envoyée par Fuxier, une seconde pastille plongea dans le courant. Les ronds concentriques épanouis par sa chute s’étaient à peine dissipés qu’une nouvelle image surgissait en remous fins et nombreux. Cette fois, des danseuses en mantille, debout sur une table toute servie, exécutaient, parmi les mets et les brocs, un pas entraînant qu’elles rythmaient avec leurs castagnettes aux applaudissements des convives. Le dessin liquide était si poussé qu’on distinguait par endroits l’ombre des miettes sur la nappe.

Cette scène joyeuse effacée, Fuxier renouvela l’expérience par l’immersion d’une troisième pastille dont l’effet ne se fit pas attendre. L’eau, se ridant soudain, évoqua, en un tableau assez large, certain rêveur qui, assis près d’une source, notait sur un cahier le fruit de quelque inspiration ; derrière, appuyé sur les rochers de la cascade naissante, un vieillard à longue barbe, pareil à la personnification d’un fleuve, se penchait vers le quidam comme pour lire par-dessus son épaule.

— « Le poète Giapalu se laissant dérober par