Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/166

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gauche au moyen de la tige, communiqua ses cahots au buste, dont les cheveux se balancèrent avec violence. D’innombrables pièces d’or, mal soudées, tombèrent en pluie abondante, prouvant que, par derrière, les nattes ignorées n’étaient pas moins garnies que les autres.

Quelque temps la fée répandit sans compter ses éblouissantes richesses, jusqu’au moment où, attirée par la même main supposée, elle s’éclipsa silencieusement.

Juliette, comme peinée de cet abandon, laissa errer son regard, qui vint de lui-même s’attacher sur le brasier toujours en éveil.

De nouveau, un flot de fumée s’éleva au-dessus des flammes.

Juliette recula en s’écriant avec un accent de vive frayeur :

— Pergovédule… les deux génisses !…

L’intangible et fugace moulage évoquait une femme aux cheveux ébouriffés, qui, attablée devant un repas monstrueux comprenant deux génisses coupées en larges quartiers, brandissait avidement une fourchette immense.

La vapeur, en se dissipant, découvrit derrière le foyer une tragique apparition, que Juliette désigna par ce même nom « Pergovédule » prononcé avec une angoisse grandissante.

C’était la tragédienne Adinolfa qui venait de se dresser brusquement, maquillée avec un art