Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/243

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du désastre, deux jeunes filles de quinze ans, accrochées à une épave isolée, parvinrent à prendre terre après avoir couru mille dangers.

Les naufragées, ravissantes sœurs jumelles de nationalité espagnole, étaient si pareilles de visage qu’on ne pouvait les distinguer l’une de l’autre.

Souann s’éprit des charmantes adolescentes, et, dans son désir hâtif d’abondante procréation, les épousa toutes deux le même jour, heureux d’affirmer la suprématie de sa race par l’adjonction d’un sang européen propre à frapper, dans les temps présents et à venir, l’imagination fétichiste de ses sujets.

Ce fut le même jour aussi, et à la même heure, que les deux sœurs, dans les délais stricts, accouchèrent chacune d’un garçon.

Talou et Yaour ― ainsi furent nommés les enfants ― causèrent de suite un grave souci à leur père, qui, dérouté par l’imprévu de ces deux naissances simultanées, ne savait comment choisir l’héritier du trône.

La ressemblance parfaite des épousées empêchait Souann de se prononcer sur l’antériorité de conception, qui seule pouvait faire prévaloir les droits d’un des frères.

On tenta vainement d’élucider ce dernier point en interrogeant les deux mères ; à l’aide de quelques mots indigènes péniblement appris,