Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/244

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chacune témoigna hardiment en faveur de son fils.

Souann résolut de s’en rapporter à la décision du Grand Esprit.

Sous le nom de « Place des Trophées », il venait de fonder à Éjur une vaste esplanade quadrangulaire, afin d’accrocher, sur le tronc des sycomores plantés en bordure, maintes dépouilles provenant d’ennemis redoutables qui, pleins d’acharnement, s’étaient efforcés de lui barrer le chemin du pouvoir. Il alla se poster devant l’extrémité nord du nouvel emplacement et fit déposer à la même seconde, dans un terrain convenablement préparé, d’une part une graine de palmier, de l’autre une semence de caoutchouc, se rapportant chacune à un de ses fils désigné d’avance devant témoins ; traduisant la volonté divine, l’arbre sorti de terre le premier devait indiquer le futur souverain.

Surveillance et arrosage furent impartialement prodigués aux deux points fécondés.

Ce fut le palmier qui, planté à droite, affleura d’abord la surface du sol, proclamant ainsi les droits de Talou au détriment d’Yaour, dont le caoutchouc eut un grand jour de retard.

Quatre ans à peine après leur arrivée à Éjur, les jumelles, prises par les fièvres, périrent presque en même temps, abattues par l’épreuve terrible d’une saison particulièrement brûlante. Lors du