Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/333

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qu’ils venaient précipiter dans les eaux profondes du lac.

Maffa et Nô se dissimulèrent derrière un bouquet d’arbres, et le groupe arriva sur la berge sans les avoir aperçus.

Au moment où les deux frères balançaient le corps d’Ursule pour le lancer dans les flots, Nô prononça une incantation magique et sonore qui provoqua sur l’heure quatre soudaines métamorphoses.

Gervaise fut changée en ânesse et placée devant une auge pleine de son appétissant ; mais, dès qu’elle s’approchait de l’abondante pitance, une sorte de séton lui entravait subitement la mâchoire et l’empêchait de satisfaire sa fringale. Quand, lassée de ce supplice, elle voulait fuir la décevante tentation, une herse d’or se dressait devant elle, lui barrant le passage par son obstacle imprévu toujours prêt à surgir en n’importe quel point d’une enceinte strictement délimitée.

Agathe, transformée en oie, courut éperdument, pourchassée par Borée, qui soufflait sur elle à pleins poumons en la fouettant avec une rose épineuse.

Claude conserva son corps d’homme, mais on vit sa tête se muer en hure de sanglier. Trois objets de poids divers, un œuf, un gant et un fétu de paille, se mirent à sauter dans ses mains,