Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/344

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Armés de leurs couteaux, ils décollèrent les lamelles de plomb soudées à la circonférence de l’astre radieux, puis parvinrent à saisir du bout des doigts la rondelle de verre, qu’ils rapportèrent brillante et intacte pour la donner au czar.

Avant de se servir de ce bizarre objet, Alexis raconta en ces termes une vision qu’il venait d’avoir, à cette même place, dans le recueillement de la solitude :

Enfermé depuis quelques minutes, Alexis priait Dieu de lui révéler le nom du coupable, quand une clarté soudaine lui fit lever les yeux. Il vit alors, sur le vitrail maintenant incomplet, l’image de Jésus qui semblait s’animer. Les yeux du Crucifié le fixaient ardemment, et bientôt les lèvres souples et vivantes articulèrent la sentence suivante : « Détache du vitrage ce soleil qui éclaire mon supplice ; en traversant ce prisme sanctifié par mon agonie, tes regards iront foudroyer le coupable, qui, pour son châtiment, subira les effets du poison versé par sa main. » Ces mots prononcés, l’image du Christ reprit son immobilité première, et le czar, ébloui par ce miracle, pria longtemps encore pour rendre grâce au Seigneur.

Le groupe des serviteurs avait écouté ce récit sans faire un mouvement.

Alexis, désormais silencieux, porta lentement le soleil roux au niveau de ses yeux et fixa un par