Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/346

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En 1827, idole de la Grèce entière, qui lui devait son indépendance, Canaris siégeait depuis peu au Parlement hellénique.

Certain soir d’été, l’illustre marin, accompagné de quelques intimes, errait lentement dans le bois d’Arghyros, goûtant le charme d’un prestigieux crépuscule, en parlant de l’avenir du pays, dont le bonheur constituait son unique préoccuation.

Parvenu au carrefour sonore, Canaris, qui pour la première fois hantait ces parages, reçut de l’un de ses compagnons la classique révélation du phénomène acoustique mis à l’épreuve par tous les promeneurs.

Voulant à son tour entendre la voix mystérieuse, le héros se mit à l’endroit désigné puis lança au hasard le mot « Rose ».

L’écho répéta fidèlement le vocable, mais, à la grande surprise de tous, un parfum de rose exquis et pénétrant se répandit au même instant dans les airs.

Canaris renouvela l’expérience, nommant successivement les fleurs les plus odorantes ; chaque fois la réponse claire et soudaine arrivait enveloppée dans une bouffée enivrante de l’arome correspondant.

Le lendemain, la nouvelle colportée de bouche en bouche exalta l’enthousiasme des Grecs pour leur sauveur. Selon eux la nature elle-même avait