Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/105

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connoissance très-utile est réservée à ceux qui ont la précaution de peser les ruches, & de marquer dessus leur poids, avant d’y loger les abeilles. Lorsqu’on a cette attention, & qu’on les pèse avant l’hiver, on peut juger au printems, de la consommation que les abeilles ont faite pendant la mauvaise saison, & savoir si elles ont besoin qu’on leur fournisse de la nourriture.


Section II.

Du Tems propre à l’Achat & au Transport des Ruches.


Le tems le plus convenable pour l’achat des ruches est avant ou après l’hiver ; on peut alors mieux juger de leur bon ou mauvais état, que dans toute autre saison. Lorsqu’on est libre de choisir, il faut préférer d’acheter après l’hiver ; il n’y a presque plus de risques à courir, parce que les abeilles ont supporté toute la mauvaise saison : on juge avec plus de certitude de leur état ; on craint par conséquent moins d’être trompé.

La saison la plus favorable pour transporter les ruches qu’on auroit achetées, ou celles qu’on voudroit déplacer pour leur donner une exposition ou une position plus avantageuse, c’est la fin de l’hiver ou le commencement du printems : les abeilles qui n’ont point encore toute l’activité & la vivacité que leur donne la chaleur, sont moins troublées par les secousses du transport ; l’air est assez doux pour qu’on puisse sans danger les laisser sortir, pour le plus tard, deux ou trois jours après leur arrivée. Cette sortie leur est absolument nécessaire après leur déplacement, pour se vuider hors du domicile, & pour se refaire des fatigues d’un voyage, qui, malgré toutes les précautions qu’on prend, & quelque court qu’il soit, les secoue toujours plus qu’il ne convient. Il y auroit de très-grands inconvéniens à les faire voyager & à les transporter dans une saison qui ne permettroit pas de les laisser sortir peu de jours après leur arrivée. Le mouvement du voyage, en les réveillant de leur engourdissement, exciteroit leur appétit ; & leurs provisions pourroient être finies, avant qu’elles pussent trouver dans la campagne de quoi y suppléer : il faudroit par conséquent les nourrir, ce qui seroit un objet de dépense & de soins qu’on doit éviter, quand il est possible : il arriveroit encore que leur sortie seroit retardée de plusieurs jours, & qu’elles se vuideroient dans la ruche & sur les gâteaux ; ces ordures qui gâteroient leurs ouvrages, exciteroient peut-être une fermentation dont l’odeur seroit très-nuisible aux abeilles, corromproit la cire, & la feroit moisir. Elles pourroient s’en trouver plus mal, si ces déjections arrivoient jusqu’à elles ; leurs ailes en seroient engluées ; les organes de la transpiration qui sont en dessous, bouchés ; & elles mourroient.

Il y a encore de plus grands inconvéniens à les transporter en été, quoiqu’on choisisse la nuit pour les faire voyager : les gâteaux dont la cire n’est jamais aussi ferme qu’en hiver, ont beau être assujettis avec des bâtons qu’on place entr’eux pour