Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/106

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les soutenir, malgré cette précaution, il est à craindre qu’ils se cassent, se détachent & se brisent. Les abeilles qui sont en pleine vigueur, sont fort dérangées par les secousses qu’elles éprouvent pendant le transport. Si l’endroit où on les met, est peu éloigné de leur premier emplacement, elles y retournent ; on les voit plusieurs jours de suite voler & se reposer à l’endroit où étoit leur ancien domicile, qu’elles ne quittent qu’à regret, & pressées par la faim : s’il y a d’autres ruches, elles vont troubler les abeilles dans leur habitation, exercer des pirateries qui donnent lieu à une guerre quelquefois terrible entr’elles. Outre le danger qu’il y a de perdre des abeilles qu’on a fait voyager dans cette saison, on est la cause qu’elles ne mettent point à profit un tems précieux pour leur récolte.


Section III.

Des soins qu’il faut prendre pour transporter les Ruches ; & la meilleure manière de faire ce transport.


On détache doucement & sans secousses la ruche qu’on veut déplacer pour la transporter ailleurs, en ôtant avec un couteau le pourjet qui la tenoit collée sur sa table ; on l’enlève de dessus son support, pour la poser par son ouverture sur un linge gros & clair, étendu à terre, & qu’on relève autour de la ruche, pour l’y lier fortement avec une corde, de manière qu’il soit bien tendu sur l’ouverture qui doit être exactement bouchée. Quand on est forcé par quelques circonstances à faire ce transport en été, il faut prendre le moment que les abeilles sont toutes dans l’intérieur de la ruche ; autrement on en perdroit beaucoup, & on courroit risque d’éprouver toute leur fureur : c’est donc pendant la nuit, qu’elles sont un peu engourdies, qu’il faut faire cette opération.

La voiture qui occasionne le moins de cahots, est celle qu’on doit préférer pour faire voyager les abeilles. Lorsqu’on a peu de ruches à transporter, on peut employer une civière sur laquelle il est fort aisé d’en placer cinq ou six, que deux hommes portent sans beaucoup de peine & sans trop les secouer. S’il faut en transporter un nombre assez considérable, & que le voyage soit long, on peut se servir d’une charrette ; il faut alors y arranger & disposer les ruches de façon que l’ouverture fermée par le linge se trouve en haut, afin que les abeilles ne soient point étouffées, en manquant d’air ; ou bien les coucher sur le côté, en ayant attention que l’ouverture soit tournée en dehors de la charrette : on met entre les gâteaux des petits bâtons appuyés contre les parois de la ruche pour les soutenir, & afin d’empêcher que les cahots & les secousses les brisent, en les faisant frapper les uns contre les autres.


Section IV.

Des attentions qu’il faut avoir en plaçant les Ruches après leur arrivée.


Lorsque les ruches sont arrivées à leur destination, il faut les placer

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