Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/114

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une douce chaleur, on doit permettre aux abeilles de sortir & leur ouvrir les portes de leur prison : si on s’obstinoit à vouloir les tenir enfermées quand il fait beau, elles chercheroient de tout côtés des issues pour s’échapper, & elles s’agiteroient considérablement ; le mouvement qu’elles se donneroient pour sortir, exciteroit plus leur appétit que l’exercice qu’elles prendroient hors de leur domicile ; & quand elles seroient bien gorgées de miel, ne pouvant point quitter la ruche, elles se vuideroient alors sur les gâteaux, & peut-être sur elles-mêmes : la mauvaise odeur de ces ordures, dont la plupart des mouches seroient engluées, seroit capable de les faire mourir si on les laissoit trop long-tems enfermées. On doit donc les laisser sortir à la fin de Février, lorsque le tems le permet, ou au commencement de Mars, sauf à les renfermer si le froid recommence.


Section II.

Des soins qu’on doit prendre des Abeilles avant & après leur première sortie.


Le jour qu’on veut laisser sortir les abeilles, après avoir enlevé le grillage qui les tenoit enfermées, on ôte avec un petit bâton les mouches mortes qui peuvent se trouver à l’entrée de la ruche. Le lendemain, ou le soir même du jour de leur première sortie, quand le soleil ne paroît plus, on nettoie leur habitation, afin de leur épargner ce soin : pour cet effet, on baisse la ruche sur le côté, ou bien on l’ôte entiérement de sa place ; ensuite, avec un couteau, on racle la table pour enlever toutes les ordures qui pourroient y être attachées ; on la frotte après cela avec une poignée de foin qui n’ait point de mauvaise odeur, ou simplement avec de la paille très-propre : on examine l’intérieur de la ruche, pour savoir s’il y a encore des provisions, afin d’en remettre si elle en étoit dépourvue. Deux ou trois jours après cette première sortie, on nettoie une seconde fois les ruches, parce qu’il est à craindre que les abeilles qui ont le plus souffert du froid à cause de leur vieillesse, ou de quelque maladie, n’ayant pas eu assez de force pour sortir, ne se soient vuidées dans la ruche. Afin de ne point trop les troubler, & de n’être point exposé aux coups d’aiguillons, on les nettoie après le soleil couché, ou le matin, comme la première fois : on examine alors avec attention l’intérieur de la ruche ; si l’on apperçoit des araignées, on tâche de les tuer & de rompre leurs filets, où les abeilles iroient se prendre ; on détruit les fausses teignes ; on enlève leurs nids & leurs œufs avec la pointe d’un couteau. Si un nombre considérable de gâteaux en étoit attaqué, l’expédient le plus court & le meilleur, seroit de faire passer les abeilles dans une autre ruche, afin de ne point attendre qu’elles fussent forcées d’en déloger elles-mêmes, parce qu’on risqueroit de les perdre. À l’article des Ennemis des Abeilles, il sera dit comment on connoît qu’une ruche est attaquée des fausses teignes. Si l’extrémité des gâteaux est moisie, on la coupe avec un couteau bien affilé, & on ôte de même la moisissure qui

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