Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/119

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subsister. 2º. La mal-propreté, les fausses teignes, les araignées font souvent déserter les abeilles de leur domicile, quand elles s’y sont bien établies. Jalouses de la propreté qu’elles ne peuvent entretenir dans leur habitation, où elles sont inquiétées par ces insectes qui détruisent leurs ouvrages, elles l’abandonnent, & vont se réfugier chez leurs voisines, qui ne veulent point les recevoir ; ce refus, dont elles sont outragées, les porte à leur déclarer la guerre, pour avoir le logement & la nourriture. 3º. Une ruche trop grande pour le nombre des abeilles qui l’habitent, les dégoûte & leur fait naître l’envie de vivre dans l’oisiveté, & aux dépens de leurs voisines. Un essaim peu considérable, qu’on reçoit dans un logement vaste & spacieux, est effrayé de la quantité d’ouvrages qu’il se voit obligé de faire pour meubler son habitation ; il se décourage alors, il perd son activité pour le travail, il oublie son industrie, ne fait aucun usage de ses talens, il se livre à l’oisiveté, & n’a plus aucun goût pour amasser des provisions. Tant que la campagne lui offre de quoi satisfaire son appétit, & que le tems est favorable pour faire ses voyages, il ne va point inquiéter ni porter le trouble dans les habitations voisines ; mais dès que le tems est mauvais, & qu’il ne lui permet plus de faire des courses, ne trouvant rien dans ses magasins, puisqu’il n’a fait aucune provision ; pressé par la faim, il va, pour la satisfaire, porter la désolation dans ces républiques paisibles, où un peuple laborieux jouit du fruit de ses peines, en s’occupant toujours du bien commun de la société. 4º. Le défaut de reine dans une ruche, porte les abeilles qui l’habitent, au pillage. Quand elles ont perdu ce chef tant aimé, si elles n’ont point d’espérance de le voir bientôt remplacé par un jeune successeur, il n’y a plus d’ordre dans la république, plus d’amour pour le travail ; la douleur, le chagrin s’emparent des citoyennes, qui abandonnent une habitation qui n’est plus de leur goût : après avoir ravagé & détruit leurs édifices, renversé leurs magasins, elles vont porter le trouble & le désordre dans les états voisins.


Section II.

À quels signes connoît-on qu’une Ruche est exposée au Pillage.


Il n’est point facile de connoître d’une manière à ne pas se tromper, si une ruche est exposée au pillage : on peut prendre pour une guerre déclarée, pour une bataille qui peut devenir meurtrière, les ébats & les jeux innocens des jeunes abeilles, qui sont nouvellement sorties de leurs cellules. On les voit souvent, quand le soleil donne sur la ruche, voltiger tout-au-tour, courir sur la table, se présenter aux portes & se retirer ; & d’autres sortir tout de suite, comme si elles vouloient reconnoître l’ennemi, & rentrer incontinent. Tous ces petits manèges ne sont que les folâtreries d’une jeunesse remplie de vivacité & d’ardeur, qui essaie ses forces, & se dispose au travail. Alors la simple vue de ces jeunes abeilles, dont la couleur indique qu’elles ont depuis