Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/122

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leur arriver des accidens qui les mettent dans la dure nécessité de se livrer à cet excès. Ainsi, dès qu’on s’apperçoit qu’une ruche est exposée au pillage, il faut la mettre en état de faire une vigoureuse résistance, afin qu’elle puisse défendre avec courage ses magasins qu’on veut forcer : pour cet effet, on diminue l’entrée de toutes les ruches, parce que les abeilles qui se sont déjà adressées à une ruche, éprouvant qu’il y a de la difficulté pour y pénétrer, iroient aux autres, dans l’espérance d’entrer plus aisément. Quoiqu’elles soient fortes & courageuses, il n’est pas prudent de les exposer à des attaques, où elles peuvent n’avoir pas l’avantage de remporter la victoire : d’ailleurs, ces sortes de combats leur font perdre du tems, les affoiblissent toujours un peu, les fatiguent, diminuent leur nombre ; & les dégoûtent de leur domicile. Pour les ranimer & exciter leur courage, on leur donne, dans une soucoupe qu’on place sous la ruche, un peu de miel délayé avec de l’eau-de-vie, ou du bon vin vieux, ou simplement le sirop qu’on a en réserve pour la dyssenterie. On fait usage de toutes ces précautions, qui sont bonnes & utiles, à l’entrée de la nuit, parce que toutes les abeilles sont rentrées, ou le matin avant qu’elles sortent. Il faut avoir attention de ne point répandre du miel, ni du sirop qu’on leur donne sur la table de la ruche ; ce seroit un attrait pour les abeilles pillardes, & pour bien d’autres voleurs aussi à craindre qu’elles. On peut encore enduire avec du castoreum, les issues de la ruche ; les domiciliées s’accoutumeront à cette odeur fétide & désagréable, qui éloignera les étrangères.

Lorsqu’on est témoin du combat des abeilles, & qu’on voit les assiégeantes approcher en grand nombre pour livrer l’attaque à la ruche qu’elles ont dessein de piller ; si on attendoit la nuit pour les secourir, on pourroit arriver trop tard ; c’est sur-le-champ qu’il faut séparer les combattans, & ne laisser d’ouverture à la ruche qui est attaquée, qu’autant qu’il est nécessaire, pour que deux ou trois abeilles puissent y passer librement. Mais comment approcher des mouches irritées, armées d’un bon aiguillon, & que le désespoir fait braver les périls les plus apparens ! Un morceau de linge fumant, au bout d’un bâton qu’on tient à la main, & qu’on leur présente, les écartera suffisamment pour avoir la liberté d’approcher de la ruche, & y rester autant de tems qu’il est nécessaire pour mettre le petit grillage : les abeilles ayant peu de portes à défendre, seront plus en sûreté, & veilleront plus aisément à la garde des provisions qui font le sujet de la querelle : les assiégeantes, désespérées de ne point réussir dans leurs desseins pervers, selon leurs desirs, s’en vengeront sur celles qui reviendront de leurs voyages, qu’elles attaqueront avec avantage, étant attroupées en grand nombre, pour les égorger & se rassasier du miel qu’elles apportent : c’est un mal auquel il est impossible de remédier, mais qui n’est pas assez considérable pour affoiblir la population de la ruche qu’on a sauvée. Si on parvenoit à connoître la ruche qui exerce ces brigandages,