Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/123

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en jettant quelque poussière blanche sur les abeilles, comme il a été dit, on la sépareroit tout de suite, & on l’éloigneroit des autres, afin qu’elle ne fût plus à portée d’exciter du trouble : on tiendroit ces insectes renfermés, & on les nourriroit jusqu’à ce que la saison devînt meilleure, & que la campagne leur offrît de quoi vivre ; les abeilles étant d’une bonne espèce, se corrigeroient quand elles n’auroient plus l’occasion de nuire ; & si elles se livroient au travail avec ardeur, & qu’elles fissent d’abondantes récoltes, il n’y auroit point de danger à les remettre dans le voisinage des autres.


Section IV.

Quels sont les ennemis les plus à craindre pour les Abeilles, & comment les en délivrer.


Les abeilles n’ont pas de plus redoutables ennemis que les abeilles mêmes. La guerre qu’elles se déclarent est d’autant plus à craindre, que l’ennemi rusé connoît parfaitement la position de la place qu’il veut attaquer, & comment elle est défendue ; il sait le moment qu’il faut choisir pour lui livrer un assaut, & l’emporter de force ou de surprise. Ces usurpatrices ne commencent jamais la première attaque à force ouverte, à moins qu’elles ne soient en assez grand nombre pour résister aux sorties des assiégées : elles s’attroupent peu-à-peu, voltigent autour de la ruche qu’elles ont dessein d’attaquer, & épient le moment que les portes sont peu gardées pour tenter de s’en emparer, afin de livrer avec plus d’avantage un assaut qui les mette en possession de la place. Quand leurs ruses sont découvertes, & que les assiégées font exactement la garde aux portes pour éviter d’être surprises, c’est alors qu’elles se présentent à force ouverte pour entrer, & qu’elles massacrent les sentinelles qui paroissent aussitôt pour s’opposer à leurs invasions. Maîtresse du passage, la troupe corsaire pénètre dans l’intérieur de l’habitation, égorge tout ce qui lui fait résistance, arrache des cellules les vers, les nymphes, & les traîne dehors. Celles des assiégées qui peuvent gagner les portes pour sortir, abandonnent leur domicile, & s’en vont au loin mourir de douleur ou des blessures qu’elles ont reçues. Celles qui arrivent de la campagne, étonnées du bruit qu’elles entendent, se doutant que le désordre règne dans leurs états, qu’elles avoient laissés en paix, s’appercevant que le trouble, la confusion ont succédé à la tranquillité, se retirent promptement ; & si l’amour de leur patrie excite leur courage, & qu’elles approchent, elles ne trouvent aux portes que des gardes ennemies qui, loin de leur permettre d’entrer chez elles, les égorgent sans pitié.

Les guêpes, les frélons ne sont point des ennemis aussi dangereux pour les abeilles que leur propre espèce : quoiqu’ils soient très-friands de leurs provisions, & qu’ils eussent bientôt ravagé une ruche, s’ils s’en rendoient maîtres, leur nombre n’est jamais assez considérable pour répandre une alarme générale dans une république d’abeilles, & l’obliger à se tenir prête à com-