Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/128

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elles ont besoin : en attendant plus tard, il seroit à craindre qu’elles n’eussent plus la force de descendre au bas de la ruche pour enlever ce qu’on y auroit mis pour elles. L’hiver n’est point une saison où l’on soit obligé de leur donner de la nourriture ; il faut les laisser paisiblement sans trop les remuer, par la crainte de les refroidir : d’ailleurs, tant qu’il fait froid, elles n’ont pas besoin de manger ; elles sont engourdies, & leur transpiration, qui est presque nulle, ne les affoiblit pas assez pour qu’elles aient besoin de réparer par des alimens la dépense de leur substance.

Si on avoit la précaution de peser les ruches avant d’y placer les abeilles, & de tenir un état exact de leur poids en le marquant sur chaque ruche ; en les pesant à la fin de l’été & après l’hiver, on pourroit savoir la consommation qu’ont fait les abeilles, & si elles ont besoin de nourriture. Comme on n’a pas cette attention, ce n’est qu’en examinant l’intérieur d’une ruche, qu’on peut juger de son état relativement à ses provisions : pour savoir si elle en manque, on la soulève, & l’on introduit dans les gâteaux un petit fer mince ou une aiguille à tricoter les bas ; quand on la retire mouillée ou mielleuse, c’est une preuve que les abeilles ont encore de quoi subsister. Sans déranger la ruche, on peut faire un trou sur un des côtés avec une petite vrille, dans lequel on passe un petit fer qui perce les gâteaux, & on s’assure par cet expédient, s’il y a encore des vivres dans l’habitation. Il ne faut point attendre qu’elle en soit entiérement dépourvue parce qu’il pourroit arriver que les abeilles, affoiblies considérablement pour avoir jeûné trop long-tems, ne fussent plus en état de profiter des secours qu’on leur donneroit. Les ruches foibles, celles qu’on a réunies ensemble avant l’hiver, sont presque toujours dans le cas de l’indigence : il n’est pas nécessaire d’observer si elles manquent de provisions ; avant & après l’hiver, il faut leur en donner pour les entretenir jusqu’à ce que la saison leur permette de se passer de ces soins, & qu’elles trouvent dans la campagne de quoi suppléer aux provisions qu’elles ont consommées.


Section II.

Quelle sorte & quelle quantité de nourriture faut-il donner aux Abeilles dépourvues de provisions.


Les gâteaux qui contiennent du miel & de la cire brute, sont la meilleure nourriture qu’on puisse donner aux abeilles, elles s’en accommodent parfaitement, étant celle qui est le plus de leur goût : c’est une attention qu’on doit donc avoir, quand on réunit les ruches foibles, de leur rendre les provisions qu’on les force d’abandonner dans la ruche d’où on les fait sortir. Lorsqu’on dégraisse les ruches au commencement de l’automne, c’est une précaution très-prudente de conserver quelques gâteaux pour les donner à celles qui n’ont pas assez de provisions pour aller jusqu’à la nouvelle récolte. Lorsqu’on n’a pas de gâteaux à donner aux abeilles, ce qui arrive presque toujours à la fin de l’hiver, on leur donne du miel,