Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/139

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force de se tenir fixées à son sommet.

M. Vérité assure qu’on peut se servir commodément de cette machine dans tous les cas où il est nécessaire d’enfumer les abeilles, de quelque manière qu’on ait à le faire, soit pour la transvasion, soit pour la taille, soit encore pour la formation des essaims par les méthodes nouvellement découvertes. Elle porte la fumée où l’on veut, & aussi abondamment qu’on le desire. Il faut souffler modérément, & ranimer le feu de tems en tems.


CHAPITRE VIII.

De la manière de tailler ou dégraisser les différentes espèces de Ruches.


Section Première.

Nécessité de tailler les Ruches.

Dégraisser ou tailler une ruche, c’est enlever une partie de la cire & du miel dont les abeilles l’ont fournie. Quoiqu’elles soient fort attachées à leurs provisions, & toujours disposées & prêtes à les défendre avec fureur contre tous ceux qui osent en approcher, c’est leur rendre un très-grand service, que de leur enlever un superflu incommode, qui nuit dans l’habitation, arrête tous les progrès de leur activité & de leur ardeur pour le travail, & s’oppose à la multiplication de leur espèce. Une ruche trop pleine, dégoûte les abeilles de leur domicile, qu’elles sont forcées d’abandonner en partie, parce qu’il n’est pas assez vaste pour les loger ; elle anéantit leur ardeur pour les ouvrages où brillent leur industrie & leurs talens ; & se livrant à la mollesse, elles n’ont plus de goût pour faire des amas de provisions. À quoi bon, en effet, voyager & courir au loin dans les campagnes, pour ramasser des richesses inutiles, puisqu’on ne sait où les placer. Pourquoi prendre tant de soins & de peines à recueillir des provisions, lorsqu’on n’attend point de successeurs qui en profitent !

Quelque féconde que soit la reine, elles n’ont point d’espérance de voir naître parmi elles de nouvelles citoyennes : comment logeroit-on ces nouveaux sujets dans une habitation où d’immenses provisions ne laissent aucune cellule vuide où ils puissent être logés d’une manière convenable pour leur éducation ? Il est donc à craindre que les abeilles, trop nombreuses dans leur habitation, où l’amour du travail, & l’espérance de leur postérité ne les fixent plus, s’en dégoûtent & l’abandonnent. Leurs voisines, envieuses & jalouses de leurs richesses, iront désormais porter le ravage dans leur république ; la guerre sera bientôt déclarée. Eh ! comment se flatter qu’une troupe amollie par l’oisiveté & l’abondance, remporte la victoire sur un peuple aguerri, que la nécessité, peut-être, rend courageux, entreprenant, & dont l’ambition & l’avidité sont nourries par l’appât des richesses que la victoire lui fait espérer ?


Section II.

De la modération qu’il faut avoir dans le partage qu’on fait avec les Abeilles, de leurs provisions.


L’avidité qu’on a de s’emparer des provisions des abeilles, de profiter