Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/160

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avec succès pour arrêter un essaim qui s’élève trop haut, & l’engager à se poser plus bas que son essor le faisoit d’abord espérer, c’est de lui jeter à pleines mains du sable ou de la terre en poussière : les abeilles, frappées par les grains de sable ou de poussière, s’abaissent ; & croyant peut-être qu’elles sont battues par la pluie, l’arbre le plus proche leur paroît dans cette circonstance un abri qu’elles doivent préférer à tout autre. Si l’on pouvoit, dans l’instant qu’elles partent, jeter de l’eau avec un balai à la hauteur qu’elles ont dirigé leur vol, elles seroient encore mieux fondées à croire que c’est réellement de la pluie qui tombe sur elles. Deux ou trois coups de fusil ou de pistolet, chargés simplement à poudre, les arrêtent assez vîte, & les engagent à rabattre leur vol & à se reposer à quelque endroit assez bas.


Section VI.

De quelle manière se placent les Essaims, & comment il faut les ramasser.


Quand un essaim se place quelque part, sur une branche d’arbre, par exemple, la reine ne se pose jamais tout de suite avec les premières abeilles ; elle attend sur une autre branche à côté, qu’elles aient formé une espèce de peloton : alors elle quitte la branche pour aller joindre la troupe qui grossit à chaque instant par les abeilles qui arrivent de toutes parts, & qui forment à la branche où elles sont attachées un massif, en se tenant cramponnées par les pattes ; elles se tiennent tranquilles dans cette position, & à peine en voit-on voltiger quelqu’une. Cependant, malgré cette sorte de tranquillité, il ne faudroit pas les y laisser long-tems, surtout si le soleil étoit chaud, parce qu’elles délogeroient bien vîte pour aller plus loin, dans l’espérance de trouver un emplacement plus avantageux & moins incommode. Quand on n’a pas une ruche toute prête pour recevoir l’essaim, il faut faire en sorte de le couvrir avec un linge un peu mouillé, qu’on arrange par-dessus en forme de tente : la fraîcheur le retiendra quelques heures dans cette position, jusqu’à ce qu’on soit prêt à le placer dans le domicile qui lui convient.

Dans la saison des essaims, il faut toujours être pourvu d’un certain nombre de ruches toutes prêtes pour les loger ; elles doivent être très-propres dans l’intérieur : pour cet effet, on a l’attention de bien les nettoyer, & d’enlever les coques de papillons, de fausses teignes, les toiles d’araignées qui peuvent s’y trouver. Si elles ont servi à loger d’autres abeilles, & qu’il y ait quelques fragmens de cire attachés aux parois intérieures, on les laisse, & celles qui l’habiteront s’en accommoderont à merveille. On peut frotter ces ruches intérieurement avec des feuilles de féves ou avec de la mélisse, ou toute autre plante d’une bonne odeur. Bien des personnes ont coutume de les enduire en partie & légérement avec du miel ou de la crême, immédiatement avant que d’y recevoir l’essaim : toutes ces précautions peuvent rendre agréable aux abeilles l’habitation où on les reçoit.

C’est une opération fort aisée de