Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/175

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bout & rempli d’eau : après avoir été environ douze minutes dans l’eau dont elle doit être couverte, on la retire, & on ramasse les abeilles avec une cuiller percée, pour les trier une à une, afin d’en séparer les reines qu’on met sous un récipient de verre, après les avoir séchées avec un linge blanc & fort doux. On remet les abeilles dans une ruche dont on ferme l’ouverture avec une toile de canevas très-claire & bien tendue, qu’on attache tout autour : on l’expose à l’ardeur du soleil, de façon qu’il donne sur la toile qui ferme l’ouverture ; & le soir, les abeilles étant bien sèches, on place la ruche dans l’endroit qui lui est destiné, en lui donnant une reine, s’il n’y en avoit point parmi les abeilles.

Quand on a plusieurs reines, & qu’on veut former des essaims on prend une ruche vuide, qu’on a soin de nettoyer & de frotter intérieurement avec de la mélisse ou avec d’autres herbes d’une bonne odeur. On apporte cette ruche, ainsi préparée, auprès d’une autre bien peuplée & disposée à essaimer prochainement ; on fait passer une des reines, qu’on a à sa disposition, dans un verre plein à moitié de miel & d’eau, délayés ensemble, & on a soin qu’elle en soit bien imbibée ; on ôte alors la ruche de sa place, on la pose à terre sur deux bâtons, pour ne pas écraser les abeilles ; on met tout de suite la reine qui est dans le verre, sur la table de la ruche qui a été déplacée, où se trouvent encore beaucoup d’abeilles, & on la recouvre sur le champ avec celle qui est vuide & qu’on a préparée. À peine la reine, engluée de miel, est-elle au milieu de toutes ces abeilles, qu’elles s’approchent d’elle, pour la lécher, & s’empressent de l’essuyer. Les ouvrières, qui reviennent des champs, sont d’abord un peu étonnées de tant de changement ; elles courent de tous côtés, en bourdonnant avec fureur ; peu à peu elles s’appaisent, & le soir tout est tranquille dans l’habitation : le lendemain, elles s’occupent des soins du ménage, & volent au travail, comme à l’ordinaire. Pendant qu’on fait cette opération, il sort des abeilles de la ruche déplacée, qui vont rejoindre les autres : si l’on craignoit qu’il n’y en eût pas assez dans la nouvelle ruche, on frapperoit quelques coups sur l’ancienne qui est à terre, & les mouches en sortiroient pour aller grossir le nombre de la nouvelle république. Le moment le plus favorable pour cette opération, est celui où les abeilles sont occupées dehors à leur récolte, c’est-à-dire, à midi ou une heure, qui est le tems du plus fort travail. Lorsque tout est fini, on emporte l’ancienne ruche à quelque distance de l’endroit où elle étoit : les abeilles seront peut-être trois ou quatre jours sans sortir, qu’en très-petit nombre ; & après elles travailleront, comme si on ne les avoit point dérangées. On peut faire usage de cette méthode avec toutes sortes de ruches.


Section III.

De la manière de former des Essaims, selon la pratique de M. du Carne de Blangy.


M. du Carne de Blangy a fait