Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/181

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le tems, assez variable dans cette saison, peut changer les abeilles qui seroient dehors, surprises par ce changement, ne pourroient jamais retourner dans leurs ruches, & elles mourroient saisies de froid aux endroits où elles seroient.

Quoiqu’il faille bien fermer les abeilles, & prendre les précautions que nous avons indiquées pour les garantir d’un froid trop rigoureux, il ne faut pas cependant les étouffer pour vouloir les tenir chaudement. L’air leur est absolument nécessaire ; il faut qu’il soit renouvelé dans la ruche, autrement les vapeurs, qui n’auroient point d’issue, retomberoient sur elles, sur les gâteaux, & leur nuiroient infiniment. C’est pour prévenir ce mal, qu’il doit toujours y avoir des ouvertures au bas des ruches, où les abeilles ne puissent point passer, mais par lesquelles l’air puisse circuler & se renouveler. Pendant ces quatre mois, on ne doit point absolument toucher aux ruches ; on se contente de les visiter de tems à autre pour prévenir les désordres que sont capables de causer leurs ennemis, & pour réparer les ravages qu’ils pourroient avoir faits, si on étoit négligent à les veiller. Dans cette saison, les rats, les souris, les mulots peuvent impunément attaquer les abeilles ; il n’y a point aux portes de sentinelles qui veillent à la sureté publique, & qui avertissent des dangers qui menacent l’état. Après avoir ravagé leurs provisions, ces ennemis cruels porteront leurs dents meurtrières sur les abeilles mêmes pour les dévorer ; & ils détruiront de cette manière, en très-peu de jours, la ruche la plus peuplée & la plus abondamment pourvue, & établiront leur domicile sur ses ruines. Pendant tout ce tems, on ne doit point cesser de tendre des pièges à ces ennemis destructeurs.


Mars.


Ce mois est celui de toute l’année où les abeilles exigent le plus de soins, & le tems qu’elles font la plus grande dépense des provisions qu’elles ont amassées, parce que leurs sorties fréquentes excitent leur appétit, qu’elles sont obligées de satisfaire en ayant recours à leurs magasins, la campagne ne pouvant encore leur rien offrir. Il y auroit donc alors du danger de s’emparer d’une partie de leurs provisions, quelque discret qu’on fût dans le partage. Bien des auteurs, il est vrai, conseillent de tailler les ruches dans ce mois, & ils ajoutent en même tems qu’il faut leur donner de la nourriture, si leurs provisions ne sont pas suffisantes. Pourquoi donc s’exposer à les nourrir, puisqu’on peut s’en dispenser en leur laissant tout ce qu’elles possèdent jusqu’au moment que la campagne leur offrira de nouvelles provisions à faire ? Ces sortes de soins indispensables, quand les abeilles n’ont plus de quoi vivre, les dérangent, & on court les risques de leur apporter trop tard une nourriture qui leur est nécessaire, dont peut-être elles n’auroient plus la force de faire usage, si elles étoient fort affoiblies par un jeûne trop long ; ce qui peut arriver, si on les oublie. On est assuré de leur économie, qui les retient dans les bornes de la plus juste modération,