Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/190

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12 livres le quintal. L’énormité des droits que les eaux-de-vie & les vins ont à payer, lors de leur circulation dans le royaume, ou lorsqu’on les exporte chez l’étranger, sont cause de la stagnation & de l’engorgement. Les seuls droits d’entrée d’un muid de vin à Paris, sur le pied de trois cents pintes, coûte plus que l’achat de treize muids de vin en Provence ou Languedoc, en les supposant de même contenance.

De tous les cantons du royaume, il n’en est point qui soient plus chargés d’impositions, que les pays de vignobles, parce que lors de l’établissement & de la progression des impôts, les vins seuls avoient quelque valeur en France, & la culture du bled étoit négligée à cause des prohibitions. Aujourd’hui les propriétaires de terres labourables se sont enrichis, & les habitans des vignobles ont été appauvris. Le prix du vin, loin de suivre celui du bled, loin d’augmenter comme lui, a diminué, attendu que l’étranger est rebuté par les droits excessifs qui l’éloignent du royaume ; & les artisans & les maîtres de maisons, ne donnent plus de vin à leurs ouvriers ou à leurs domestiques : la consommation est donc moindre qu’elle ne l’étoit autrefois. On diroit que les impôts multipliés & appésantis sur les pays de vignobles, ressemblent ou équivalent à l’ordre donné par Domitien, d’arracher les vignes dans les Gaules, & il sembleroit qu’on veut punir ces industrieux habitans, pour avoir mis en culture & rendu fertile le sol le plus ingrat d’un quart du royaume. L’Espérance, fille du Ciel, & la consolatrice du genre humain, n’est pas détruite ; c’est le seul bien qui resta à l’homme après l’ouverture fatale de la boîte de Pandore ; c’est elle qui soutient le malheureux vigneron, & lui fait attendre le retour de la paix, qui mettra le directeur général des finances actuel dans le cas de jeter un coup d’œil favorable sur les pays de vignobles & sur leur produit. Il permet d’espérer que les gênes multipliées, les embarras en tous genres, les droits exhorbitans, qui surpassent la valeur de la denrée, seront supprimés, ou du moins considérablement modérés ; enfin, que le vin, ainsi que le bled, auront une libre circulation dans tout le royaume, sans craindre la dangereuse & inquiéte vigilance de cette formidable armée de gardes. Fasse le ciel, pour le bonheur de la France, & pour la gloire de son auteur, qu’un si beau projet soit bientôt exécuté. Alors l’abondance ne sera plus un fardeau, ni le germe de la pauvreté. Tout impôt établi sur le produit des terres & sur sa circulation, tombe bien plus directement sur le cultivateur que sur le consommateur. La majeure partie de l’impôt rejaillit toujours sur le prix de la première vente ; & même la partie de l’impôt que paient les acheteurs de la première, seconde & troisième main, ne diminue pas la première. Le cultivateur est donc le porte-faix de l’impôt, puisque l’acheteur ne lui paie pas le même prix qu’il auroit payé s’il n’avoit pas encore eu d’autres droits à acquitter. Abandonnons ces idées affligeantes, pour considérer l’abondance sous un point de vue plus flatteur ; & examinons