Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/21

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caractère méchant qu’elles avoient dans les bois d’où on les a tirées ; on parvient difficilement à les fixer dans leur habitation, surtout les petites grises, qui sont de vrais pirates. Leur voisinage est très-dangereux pour les deux autres espèces qui sont actives & laborieuses : paresseuses & presque toujours oisives, elles s’amusent & passent leur tems à voltiger autour de leurs ruches sans beaucoup s’écarter, tandis que les autres, qui sont infatigables, parcourent d’un vol rapide les plaines, les côteaux, les montagnes, pour en moissonner les richesses. La campagne leur offre en vain une abondance capable de satisfaire leur avidité ; elles préfèrent d’aller piller leurs voisines diligentes ; elles les attendent quelquefois à leur retour des champs, les égorgent sans pitié pour se rassasier du miel qu’elles apportent ; d’autres fois elles s’attroupent, vont les attaquer dans leur habitation pour enlever les fruits de leurs peines & de leurs travaux. Malgré la résistance qu’oppose le courage le plus intrépide, cette troupe de brigands, active quand il s’agit de nuire, force l’entrée, brise les portes, renverse les édifices, enfonce les magasins, & enlève les provisions : celles qui sont attaquées ont beau se défendre, elles meurent des blessures qu’elles reçoivent, victimes de leur résistance, & de leur amour courageux à vouloir sauver la famille qu’elles élèvent.

Qu’on n’espère point les corriger de l’inclination qu’elles ont pour le pillage : on a beau les éloigner des autres, quelque part qu’on les mette, elles n’oublient point le chemin de leur habitation. Lorsqu’on a des abeilles de cette espèce, le meilleur expédient est de s’en défaire : on attend pour cela qu’elles aient amassé quelques provisions, & alors on les étouffe pour en profiter : on creuse pour cet effet un trou dans la terre, égal à la circonférence de la bouche, ou grande ouverture de la ruche, dans lequel on met du soufre allumé ; on pose la ruche par-dessus, en rejoignant la terre contre l’ouverture, afin que la fumée aille toute dans l’intérieur.


Section III.

De combien de genres sont les Abeilles qui composent une ruche.


Dans chaque espèce d’abeilles on distingue des individus de trois genres : la reine, qui est la seule femelle de toute l’espèce ; les faux-bourdons, qui sont les mâles, & les ouvrières, qui n’ont aucun sexe, qu’on nomme pour cette raison les neutres. En tout tems on ne trouve pas des abeilles de ces trois genres dans une ruche : les faux-bourdons, vers la fin de l’été, sont exilés de la république, ou massacrés par les abeilles ouvrières ; il n’en paroît plus qu’au printems suivant, après la première ponte de la reine. Quoiqu’il y ait plusieurs jeunes femelles dans la ruche, après la première ponte, il est toujours vrai que la reine, qui est le chef unique de l’état, en est aussi la seule femelle, parce que les jeunes ne pondent point dans le domicile de leur naissance : elles attendent le départ des essaims pour se mettre à leur tête, & aller fon-