Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/22

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der quelque établissement hors des états de la reine-mère : celles qui ont le malheur de n’être point choisies pour conduire la colonie, sont chassées après son départ, & massacrées si elles s’obstinent à vouloir rester, parce que les abeilles ne veulent qu’un chef pour les gouverner.


CHAPITRE II.

De la Reine.


Section première.

Sentimens des anciens Philosophes sur le Chef de la République des Abeilles.


Les anciens philosophes n’ont point connu le sexe du chef de la république des abeilles, auquel ils donnoient le titre de roi. Aristote, Virgile, Pline, Columelle & quantité d’autres après eux, ont pensé que le chef étoit mâle, quoiqu’ils fussent persuadés qu’il ne contribuoit point à la reproduction de l’espèce. Ils en distinguoient de deux sortes ; l’un, qui étoit le roi légitime, étoit d’une belle couleur dorée, ayant la tête ceinte d’un diadème très-remarquable : sa démarche, fière & assurée, ne permettoit pas de le méconnoître pour le légitime possesseur d’un trône où le choix des abeilles, autant que les droits de sa naissance, l’avoient appellé. Son origine étoit des plus illustres ; Pline assure qu’il ne passoit point par tous les degrés de l’enfance auxquels les autres abeilles étoient assujetties. L’autre roi, au contraire, d’une couleur noire & d’une forme hideuse, ne montroit qu’un vil usurpateur, indigne du trône qu’il vouloit envahir. Aristote est le seul qui ait admis plusieurs rois dans la république des abeilles ; il pensoit que leurs fonctions étoient de féconder les femelles. Pline prétendoit qu’on en élevoit plusieurs, & qu’ensuite les abeilles, après avoir choisi celui qui leur convenoit, chassoient les autres comme des rois inutiles qui auroient semé la discorde dans l’état. Aristote avoit accordé un aiguillon au roi des abeilles, dont il vouloit cependant qu’il ne fît point usage, parce qu’il jugeoit indigne de la majesté d’un souverain de combattre lui-même ses ennemis, ou de punir des sujets rebelles : ces soins étoient confiés aux officiers commis pour la garde de sa personne, & à ses licteurs. Sénèque, Pline, Columelle, &c. ne vouloient point absolument qu’un monarque, qui devoit à ses sujets l’exemple de la douceur & de la paix, portât une arme qui, dans un mouvement de colère, pouvoit l’engager à sortir des bornes d’une modération pacifique.

Aldrovande, Edwards, après de longues dissertations à ce sujet, s’abstiennent de prononcer, jusqu’à ce que de nouvelles observations aient découvert la vérité. Il leur étoit cependant très-facile de se convaincre si le roi des abeilles avoit un aiguillon ; ils n’avoient qu’à s’en saisir, l’irriter ; l’épreuve qu’ils auroient faite de son arme meurtrière les auroit, je pense, suffisamment convaincus qu’il en avoit une, & qu’il savoit s’en servir dans l’occasion.


Section II.

Description de la Reine-Abeille.


Il est très-aisé de distinguer la