Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/267

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


de réunir la pratique à la théorie : mais ils ne prennent pas la peine d’étudier. La troisième classe connoît l’agriculture par les livres, paroît en parler doctement, & tranche décidément sur tous les objets, sans avoir aucune idée de la campagne, & sans être sorti de son cabinet. La quatrième classe enfin, est la classe routinière qui cultive sans réflexion, sans principe, laboure sa terre, taille sa vigne, comme son père avoit labouré & taillé, sans réfléchir si on peut ou ne peut pas perfectionner la méthode du pays, ou lui en substituer une plus avantageuse. De toutes les classes, la plus pernicieuse & la plus funeste à l’agriculture, c’est la troisième : elle propose expériences sur expériences, réformes sur réformes : elle dégoûte enfin, & souvent elle ruine le cultivateur qui s’est laissé éblouir par de brillans raisonnemens, par des promesses merveilleuses.

Le tableau qu’on présente ici sur les trois genres d’agriculture, suffit pour démontrer son importance & l’étendue immense des objets qu’elle renferme. L’ordre de ce tableau servira de guide à celui qui voudra réellement étudier l’agriculture dans toutes ses parties, & mettre de l’ordre & de la précision dans sa manière d’étudier. Sans ce moyen, ses idées seront confuses ; il faut donc que, par une marche progressive, il parvienne du premier point de la science au second, & ainsi de suite pour tous les autres.

À cette première étude doit succéder une seconde : c’est celle de l’expérience, sans laquelle la plus brillante théorie n’est qu’une chimère sans fondement, que la moindre circonstance locale, ou le moindre changement dérange ou détruit. Cependant, sans une saine théorie, il est très-difficile, pour ne pas dire impossible, de bien faire une expérience, parce que, sans elle, on ne part d’aucun principe certain ; alors, le succès ou la méprise sont le résultat de quelques combinaisons dont on ne sauroit rendre compte. Avant de se livrer à aucune expérience, il faut avoir bien étudié la manière d’être du climat que l’on habite, son exposition, surtout la qualité de la terre, la profondeur de sa couche, sa plus ou moins grande propriété à retenir ou à laisser filtrer l’eau. Ce peu de mots renferme la base de toute l’agriculture, & montre la charlatanerie ou l’ignorance de ces hommes qui décident, après la plus légère inspection d’un champ, de quelle charrue on doit se servir, de quelle manière il faut cultiver la vigne, sans connoître la nature du sol & celle des plants de raisins dont elle est garnie : le ton tranchant l’emporte toujours, aux yeux de la multitude, sur le ton modeste & sur l’homme qui fait douter. Encore une fois, & on ne sauroit trop le répéter, méfiez-vous de ces savans qui blâment tout du premier coup d’œil, qui veulent tout arracher pour planter de nouveau ; la pratique d’un canton, toute absurde qu’elle leur paroît, n’est pas souvent la plus mauvaise, & même quelquefois elle est nécessaire.

Si, par l’application des sages principes de la théorie à l’expérience, vous obtenez des résultats heureux, alors, c’est le cas de traiter sans miséricorde les coutumes