Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/278

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Columelle, en parlant des choux, dit qu’ils étoient estimés des peuples & des rois. Comme cette nation vivoit presqu’entiérement de végétaux, il est aisé de se figurer à quel point de perfection fut portée la culture des différens herbages, puisque dans les derniers tems de la république, une grande partie des champs fut métamorphosée en potagers & en vergers. Il est inutile d’entrer ici dans un plus grand détail ; il nous meneroit trop loin.

Des Prairies. Les romains élevoient beaucoup de bestiaux, & les bœufs seuls étoient appliqués à la charrue. Il falloit donc des prairies immenses, & elles furent un des objets principaux de leurs soins & de leurs attentions. Malgré leur étendue, elles ne suffisoient pas ; il fallut recourir aux prairies artificielles, & à tous les genres de culture capables de produire la nourriture des bestiaux. On voit ce peuple actif semer exprès du seigle pour le couper en verd ; du lupin, & en donner les grains aux bœufs après les avoir fait macérer dans l’eau pendant plusieurs jours, afin que l’eau en enlevât l’amertume. On les voit semer ce qu’ils appeloient le farago, & que les flamands nomment aujourd’hui dragée. L’orge & le far de rebut servoient à cet usage ; on mêloit ces grains avec des pois, des féves, des lentilles, &c. ; & aussitôt après que le grain étoit noué, la faucille coupoit le fourrage, & la charrue traçoit de nouveaux sillons. La luzerne fut la base de leurs prairies artificielles. Connurent-ils le sainfoin ? je l’ignore. Le fenu-grec, quoique bien inférieur à l’un & à l’autre, fut encore cultivé avec soin. Il est inutile de parler ici du fourrage nommé ocymum par les romains, puisque son usage étoit aboli du tems de Pline.

Des Vignes. Elles furent une des grandes richesses des romains. Si on juge par la célébrité de leurs vins, de leur art de le faire, & de leur manière de cultiver la vigne, il est constant qu’ils le portèrent au plus haut degré de perfection : cependant il paroît qu’ils travailloient plus pour la quantité que pour la qualité, puisque Columelle & Varron disent qu’un journal de vignes hautes produisoit, dans les années abondantes, jusqu’à quinze culées, c’est-à-dire, à peu près trente muids de trois cents pintes de notre mesure. Or, il est de fait qu’une telle vigne devoit être plantée dans un terrain trop fertile ; & dès lors le vin devoit avoir peu de qualité, Pline a compté jusqu’à 195 cantons renommés pour les vignes, & distribués çà & là dans les trois parties du monde connu. L’Italie seule en fournissoit les deux tiers, La France seule aujourd’hui en compteroit beaucoup plus. Ils avoient quatre manières de cultiver la vigne. Les ceps étoient rampans, ou liés à des échalas, ou disposés en treilles, ou mariés à l’ormeau, au peuplier, au frêne, &c. Ces dernières vignes étoient les plus estimées. On doit juger, dès lors, de leur qualité ; aussi Cynéas, ambassadeur de Pyrrhus, plaisante les romains sur l’âpreté de leurs vins. Lusisse in austeriorem gustum vini, merito matrem ejus pendere, in tam altâ cruce. Pl. Les espèces de raisins cultivés par les romains étoient