Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/295

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de montagnes qui court à l’est du côté d’Angers, remonte au nord entre Laval & Angers, à Domfront ; revient encore à l’est pour gagner Séez, remonte au nord pour aller se réunir & s’incliner vers l’embouchure de la Seine à Pont-Audemer : de Domfront, tirant au nord-ouest, la même chaîne se propage jusqu’à Barfleur & au cap de la Hogue ; au dessus de Rennes, un embranchement s’étend à l’est, & à Rosternau il se subdivise en trois parties, dont la plus septentrionale s’étend à Brest, la mitoyenne gagne le cap le Ras, & la troisième, tirant au midi, vient à Vannes former un des côtés de l’embouchure de la Vilaine. La Vilaine, l’Isaac, la Chère, la Sèche, le Méen, l’Oust & l’Arre, ont formé le bassin de Rennes : la Vilaine est la seule rivière considérable ; c’est aux petites rivières du Blavet, de l’Issote, de Benaudet, qu’est dû le bassin de la ville de l’Orient ; au Bours & à l’Aven celui de Brest, & celui depuis Brest jusqu’au cap de la Hogue, aux rivières de Trieu, de Rance, de Couenon, de Sée, de Sienne, &c. ; enfin, celui de Cherbourg à Pont-Audemer, aux rivières de Vire, d’Orne, de Dives, de Touque, &c.

D’après la description des abris de ces bassins particuliers & des rivières qui les arrosent, dont le cours est doux, paisible, & les dépôts limoneux, il est aisé de pressentir quelles sont leurs productions & la base de leur agriculture. Si on demande pourquoi la vigne s’entretient sur la côte méridionale de Nantes, qui fait partie du grand bassin de la Loire, & pourquoi généralement parlant, on ne la cultive plus dans le reste de la Bretagne, on verra que cela tient à l’abri qui couvre Nantes, tandis qu’à partir de Pont-Audemer jusqu’à Brest, tout cet espace de terrain se trouve sans abri contre les vents du nord, & ce pays n’est pas même si septentrional que l’Isle de France, que la Champagne, qui sont sous le même parallèle. Les habitans de ces cantons ont donc été contraints de recourir à des cultures plus analogues à leur position, & aux abris dont ils jouissent. Le bassin de Rennes fournit le froment, le seigle, l’avoine, pour sa consommation, & une quantité considérable de sarrasin ou bled noir. La qualité & l’abondance des pâturages permet d’y élever des bestiaux, & les vaches y donnent le délicieux beurre, connu sous le nom de beurre de la Prévalaye. Les prés salés des bords de la mer, nourrissent des moutons, dont la chair est fine & délicate : le chanvre, le lin, y sont cultivés en grand, & la marine en assure le débit, après en avoir encouragé la culture. Le bassin de Vannes, de Quimper, &c., est riche en bled ; celui de Saint-Brieux, en grain, en chanvre, en lin ; enfin, celui de Caen, en toutes sortes de productions : le cidre, & dans quelques endroits le poiré, fournissent à la boisson habituelle des habitans. Il ne faut pas cependant croire que tous les bassins de la Bretagne soient également cultivés : les chaînes de montagnes & de monticules qui les traversent, sont en partie couvertes par des forêts de chênes, de hêtres, de châtaigniers ; & on y rencontre des landes immenses, plus susceptibles de culture que celles de Bor-