Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/296

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


deaux. Cette province ne forme, pour ainsi dire, qu’un grand cap baigné par la mer ; sa température est douce, & près de Nantes on voit croître l’arbousier en pleine terre, ainsi que plusieurs autres plantes indigènes aux provinces méridionales, & qui ne passeroient pas l’hiver dans les environs de Paris sans le secours des serres ou de l’orangerie.

7º. Du Bassin de la Picardie. Il comprend le pays de Caux & le Comté d’Eu, en Normandie, & une assez grande partie de la Picardie. En partant du Havre, ou plutôt de l’embouchure de la Seine, & tirant de l’est au nord-ouest, on rencontre cette chaîne de côteaux & de montagnes dont on a parlé en décrivant le grand bassin de la Seine, & qui forme un embranchement semblable à une croix entre Saint-Quentin, Guise, Landrecy, & Cateau-Cambresis, après avoir traversé par Neufchâtel, Montdidier, &c. Cette chaîne est une continuation des montagnes qui courent du nord au midi, & vont toujours en s’élevant jusqu’à Langres. La seconde partie de cet embranchement couvre Péronne, Boulogne-sur-mer, & va se terminer à Calais. Ici la mer ou le Pas de Calais sépare la France de l’Angleterre : les sondes & les observations prouvent que cette chaîne se propage sous l’eau jusqu’à Douvres, & parcourt, en serpentant, toute la partie méridionale de l’Angleterre, & va enfin, par deux rameaux, se perdre dans la mer, l’un à la pointe de Stard, & l’autre au cap Lézard. L’Arques, la Bresle, la Somme, la Canche, sont les rivières de ce bassin.

Par la position septentrionale de ce bassin, par le défaut de grands abris, il est évident que la masse de chaleur n’est pas assez forte pour la culture de la vigne : les pommiers à cidre la suppléent. On pourroit croire même avec assez de fondement, que tout ce bassin est un dépôt de mer : la terre y est excellente, & le banc immense de craie dont il a été question en décrivant le grand bassin de la Seine, court à une profondeur considérable sous ce sol fertile, & va gagner l’Angleterre. Les principales cultures sont celles du grain, qui y est très-beau, & celle du lin y tient le second rang. La Picardie fournit presque toute la graine de lin qu’on sème dans la Flandre, la Normandie & la Bretagne ; & souvent, dans ces deux provinces, on la vend aux autres provinces du royaume pour de la graine de lin de Riga. Comme le sol est peu élevé au dessus du niveau de l’eau, les pâturages y sont abondans ; & du Calaisis ou du Boulonnois, il passe en Normandie une quantité considérable de jeunes chevaux, que l’on y vend quelques années après pour des chevaux normands.

8º. Du Bassin de l’Artois. Ce bassin comprend l’Artois, la Flandre françoise, & les Pays-Bas autrichiens. Il faut revenir à l’embranchement en forme de croix, dont on vient de parler, & partir par la gauche de Cateau-Cambresis, passer par Bapaume, Arras, Aire, enfin remonter jusqu’aux îles des Provinces-Unies, formées par la mer & par les dépôts des rivières de ce bassin : la seconde chaîne part sur la droite de Cateau-Cambresis,