Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/319

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sagesse ! Que de beautés, que de richesses dans l’ouvrage ! que de grandeurs & de puissance dans l’ouvrier !

Pour la description de l’aile de l’insecte, voyez le mot Insecte. M. M.


AIMANT. L’aimant, (Magnès, ainsi nommé, ou de la Magnésie, province de Thessalie, dans laquelle on l’a trouvé la première fois, ou du nom du berger qui, dit-on, le découvrit par hasard avec le fer de sa houlette) doit être rangé parmi les mines de fer très-pauvres, plutôt que parmi les pierres.

Au premier coup d’œil, il paroîtroit superflu de traiter de l’aimant dans cet Ouvrage consacré tout entier à l’agriculture & à l’économie rurale ; mais qu’on y fasse attention, il est des points de sciences éloignées avec lesquels un grand cultivateur doit cependant être familiarisé. L’usage de la boussole étant d’une si grande nécessité, soit pour les arpentages, soit pour les plans, soit pour les observations météorologiques auxquelles il peut se livrer, la théorie de la vertu magnétique, & par conséquent l’aimant & ses principales propriétés doivent lui être connus. Nous renverrons pour les grands détails, aux savans ouvrages des Noiset, des Musschenbroeck & des Sigaud de la Fond, & nous nous contenterons de parcourir les phénomènes essentiels de l’aimant, comme sa direction, son attraction, & sa communication.

L’aimant sortant des entrailles de la terre, a toujours une forme irrégulière, d’une couleur bleue, grise, brune, noire, &c. L’Europe & les Indes le fournissent : il est très-commun dans les isles du Pont-Euxin, surtout dans celle de Serfo, & en Arabie ; on en trouve en France vers l’embouchure de la Loire, & dans l’Auvergne, en Espagne, dans la Biscaye, en Savoie, en Piémont, en Allemagne ; mais les meilleurs & les plus forts en général viennent de la Norvège, de la Suède, & des pays septentrionaux.

Tout aimant est doué de deux pôles, l’un appellé pôle nord ou septentrional, & l’autre pôle sud ou méridional : la dénomination de ces deux points est fondée sur ce que tout aimant suspendu librement, se tourne toujours invariablement de façon que l’un de ces points ou pôles se dirige vers le nord, & l’autre opposé vers le sud. Des pierres brutes d’aimant ont quelquefois plusieurs pôles ; mais quand on les taille, on ne leur en conserve que deux, les plus directs. Le procédé le plus simple pour connoître ces pôles, est de placer l’aimant sur un morceau de carton, de répandre légérement dessus de la limaille de fer très-fine. En agitant un peu le carton, on voit cette limaille s’arranger autour de chaque pôle, & y former différens cercles.

La direction constante de l’aimant naturel, ou d’une lame d’acier aimantée vers le nord, est la propriété magnétique dont on a tiré plus de parti ; on lui doit l’origine de la boussole. D’un avantage infini pour la navigation, c’est elle qui dirige le pilote dans la route qu’il doit suivre ; c’est à l’aide de son aiguille aimantée qu’il connoît le nord, & par conséquent les autres points du monde. Dans les tems les plus obscurs, l’absence du soleil & l’occultation des étoiles