Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/326

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un vuide dans l’intérieur de la seringue ; la masse d’air interceptée entre la colonne d’eau du bec de la seringue & la surface inférieure du piston, se rétrécit ; la colonne de liqueur qui répond au bec se trouve moins pressée par la masse d’air intérieure, que par l’air extérieur qui repose sur la surface de l’eau environnante avec une force proportionnelle à toute sa hauteur. Les colonnes d’eau extérieures deviennent prépondérantes, & forcent la colonne intérieure, avec laquelle elles communiquent, de céder à leur pression, d’occuper tout l’espace vuide que le piston a laissé en s’élevant, & de se porter dans le corps de la seringue. Tel est en peu de mots le méchanisme de l’élévation de l’eau dans les pompes aspirantes. Comme la colonne d’air extérieur n’équivaut qu’à une colonne d’eau de même base de trente-deux pieds de hauteur, la pesanteur de l’air ne la fera monter qu’à environ trente-deux pieds. Pour réparer cet inconvénient, on a imaginé les pompes aspirantes & foulantes, qui, par le moyen de deux soupapes & d’un tuyau de conduite placé latéralement, forcent l’eau de s’élever à des hauteurs très-considérables.

L’affluence des humeurs sous la ventouse, & du lait dans la bouche de l’enfant qui tette, doit être attribuée à la pesanteur de l’air. La ventouse est un petit vase que l’on applique sur la peau, & dont on a raréfié l’air par le moyen du feu. La pression étant presque nulle sur la partie de la peau enfermée sous la ventouse, les humeurs du corps sont poussées vers cette partie par l’action de l’air extérieur & la réaction de celui de la capacité intérieure. Leur abondance & le peu de résistance qu’elles rencontrent, font gonfler les vaisseaux, la peau se distend, se soulève, & se déchire enfin sous la ventouse.

L’enfant qui tette, serre le mamelon tout autour exactement avec ses lèvres ; il avale l’air qui est dans sa bouche, y produit un vuide, où il ne peut pénétrer ni par la bouche ni par les narrines, qui se trouvent alors bouchées naturellement par derrière dans le gosier. L’air presse donc beaucoup plus sur la surface entière des mamelles que sur les ouvertures du mamelon ; le lait cède à sa pesanteur, se porte vers le mamelon, & de là dans la bouche de l’enfant.

C’est encore la pesanteur de l’air, ou mieux la pression immédiate qu’il exerce sur les corps qui sont soumis à son action, qui empêche que les vaisseaux des plantes & ceux des animaux ne soient pas trop fortement distendus par l’impétuosité de leurs sucs, & par la force élastique de l’air qui abonde dans ces liquides. Si cette pression étoit supprimée, dès l’instant ces vaisseaux plus fortement distendus subiroient des tuméfactions sensibles dans les parties sur lesquelles cette pression seroit ou détruite ou affoiblie. L’équilibre de l’air extérieur avec l’air intérieur entretenu par la pression constante & uniforme, retient les fluides dans les routes de la circulation, & les empêche de s’échapper trop abondamment au dehors. Aussi remarque-t-on que les voyageurs qui parcourent le sommet des hautes montagnes, deviennent lâches de plus en plus ; des crache-