Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/352

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la bouche avec de l’eau mêlée d’un peu de miel & de vinaigre. La diarrhée augmenta, & les selles étoient aqueuses, noires & fétides. Comme elle l’abattoit beaucoup, on mit dans chaque lavement une drachme de thériaque d’Andromaque.

Le treizième jour, les mêmes phénomènes putrides continuèrent, & furent accompagnés de soubresauts des tendons. Les selles étoient plus fétides & très-brûlantes.

Ce fut alors que M. Hey, réfléchissant sur la nécessité de retenir cette matière putride dans les premières voies, & de corriger immédiatement ce ferment putride, & se ressouvenant que l’air fixe étoit le meilleur correctif de la putréfaction, il essaya de l’employer en forme de lavement. En conséquence le quatorzième jour il commença à donner au malade cinq grains d’ipécacuanha pour évacuer une partie de la sabure putride ; il lui permit de boire à discrétion du vin d’orange imprégné d’air fixe. On lui donna encore de la teinture de quinquina & de l’eau acidulée avec cet air, & il lui injecta deux vessies pleines d’air fixe.

Le quinzième jour, les selles furent moins fréquentes, moins brûlantes & moins fétides ; le malade ne marmotta plus tant, & les soubresauts disparurent. On lui donna encore des lavemens d’air fixe.

Le seizième jour, il se trouva si bien, que M. Hey ne jugea pas à propos de réitérer les lavemens. Il continua cependant les autres remèdes, & il fit fermer la fenêtre de sa chambre.

Le dix-septième jour, tous les symptômes de putréfaction disparurent ; la langue & la bouche du malade se nettoyèrent ; ses selles furent moins fétides, & reprirent leur première consistance ; l’assoupissement & le marmottement cessèrent ; son haleine ne sentoit plus si mauvais ; il mangea ce jour-là avec appétit, & resta assis pendant une heure dans l’après-midi. Insensiblement la fièvre discontinua, & le malade fut parfaitement guéri.

C’est ainsi que l’usage des lavemens d’air fixe avec celui des boissons imprégnées de ce même acide, détruisirent le principe de la fermentation putride. Plusieurs succès, depuis ce tems-là, ont confirmé la réussite de ce nouveau remède dans ce genre de maladie.

La vertu antiseptique de l’air fixe en fait encore un remède très-efficace dans les maladies scorbutiques. On s’est servi plusieurs fois de ce moyen, avec le plus grand succès pour remédier aux ravages de cette fâcheuse maladie, & on le regarde même, d’après les essais multipliés, comme un spécifique assuré en pareilles circonstances, & en même tems comme un excellent préservatif. L’usage de la drêche, des choux-croutes, &c. que le fameux capitaine Cook a introduit sur son navire, réuni à l’extrême propreté qu’il faisoit observer, n’a pas peu contribué à préserver pendant trois ans tout son équipage du scorbut, qui communément fait le plus grand ravage sur les vaisseaux. La drêche, comme on le sait, est le levain de bière desséché, que l’on fait infuser dans de l’eau, & qui forme une liqueur aigrelette, d’un goût assez agréable. Le choux-croute n’est qu’une espèce de choux, dont les