Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/358

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premiers savans, comme Priestley, qui ont travaillé sur les airs, ayant imaginé que le méphitisme de l’air fixe ne consistoit que dans le phlogistique qu’il contenoit, ont pensé que l’air le plus pur devoit être celui qui en contenoit le moins, ou qui étoit le plus déphlogistiqué : de là le nom d’air déphlogistiqué qu’ils lui ont donné. Nous laissons aux chimistes à discuter ce principe, & nous admettons cette dénomination.

Cet air a beaucoup des propriétés de l’air atmosphérique : clair, limpide comme lui, susceptible comme lui de condensation & de raréfaction, il jouit presque de la même pesanteur spécifique. Comme l’air commun, il se mêle difficilement avec l’eau, ne rougit point les couleurs bleues des végétaux, ne précipite point l’eau de chaux ; en un mot, n’est point acide. Mais ses autres qualités l’emportent infiniment sur celles du premier : salubre par son essence, il est plus respirable que lui ; on peut même le purifier au point qu’un animal y vit neuf fois plus longtems que dans l’air ordinaire ; l’inflammation s’y soutient avec plus d’éclat & d’énergie. Plongez une bougie allumée dans un vase plein d’air déphlogistiqué, on voit aussitôt la lumière s’allonger, s’élargir, devenir scintillante, au point qu’on ne peut longtems soutenir sa vivacité ; un charbon presqu’éteint s’y rallume comme si on le souffloit fortement ; on l’entend décrépiter ; on le voit scintiller d’une manière admirable. Qui croiroit, d’après l’énumération de ces brillantes qualités, que cet air si pur & si parfait est contraire absolument à la végétation, & que les plantes le rejettent comme un poison dangereux ? Cependant rien n’est plus certain : toutes les plantes que l’on a renfermées dans des vases pleins d’air déphlogistiqué, n’ont pas tardé à s’y faner & à y dépérir.

Nous avons vu, dans le §. IV, de l’Air considéré comme partie constitutive des plantes, page 314, que l’air atmosphérique, dans l’action de la végétation, se décomposoit ; que l’air fixe devenoit nourriture essentielle de la plante, & qu’au contraire l’air déphlogistiqué en étoit séparé par des organes secrétoires, qui, aidés par la lumière, le chassoient à travers les pores des feuilles. Les belles expériences de M. Ingen-House démontrent cette merveilleuse opération. Il paroît constant que cette secrétion se fait principalement durant le jour à la lumière du soleil ; que certaines plantes ont plus d’énergie que d’autres pour la produire, & que dans les plantes ce sont les feuilles, les tiges, les rameaux verts qui sont spécialement chargés de cette office. (Voyez Feuilles) Cette pluie abondante d’air déphlogistiqué se mêle à l’air atmosphérique, & par cette nouvelle combinaison, augmente la proportion de ce principe sur celle de l’air fixe. De là, la pureté de l’air de la campagne : l’abondance des plantes & des arbres, absorbant & consumant sans cesse une quantité d’air fixe, & répandant de tout côté des flots d’air pur, le rend sans cesse plus propre à être respiré. Admirable compensation de la nature ! chef-d’œuvre de sagesse de son auteur ! l’air que nous respirons est composé