Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/416

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elle jouit du double avantage d’être réduite à un plus petit volume ; & par conséquent, un tombereau chargé de cet engrais, porte en une fois une quantité d’algue qui équivaut au moins à la valeur de trois tombereaux remplis d’algue fraîche. Le second avantage vient de ce qu’il est difficile d’enterrer avec la charrue toute l’algue fraîche ; & ce qui reste sur terre, exposé au soleil, a bientôt perdu toute sa substance ; au lieu que le terreau se mêle & s’enfouit exactement avec la terre, lorsque la charrue la sillonne. Si on craint que ce terreau fasse verser les moissons, par sa trop grande abondance de sel, il suffit d’en mettre une moins grande quantité, & de la proportionner à la nature du terrain. D’ailleurs, en semant plus clair, on ne courra pas les risques de voir les tiges plier sous le poids des épis.

On peut encore incinérer l’algue pour en retirer les cendres, si utiles aux manufactures des glaces & de toute espèce de verrerie. Le sel qu’elles contiennent est un excellent fondant pour le sable dont on se sert dans ces grands atteliers.

Il faut faire une fosse de deux pieds de profondeur sur quatre à six de largeur, qui présente la forme d’un cône. Lorsque l’algue est ressuyée & presque desséchée, on en jette un peu dans le fond du cône, garni de paille & de quelques morceaux de bois allumés. Il faut bien se garder de jeter trop d’algues à la fois ; comme elles sont très-fines, très-déliées, elles se collent les unes sur les autres, & étouffent le feu. On ne doit donc en fournir à ce fourneau qu’à proportion de ce qu’il en brûle, & il ne faut pas le laisser chômer.

Sur les côtes d’Islande & d’Angleterre, il croît une espèce d’algue, peu différente de la précédente, sinon par ses feuilles plus grasses & plus jaunâtres. Lorsque l’algue est restée exposée à l’ardeur du soleil, il se forme sur sa surface de petits grumeaux d’un sel doux & de bon goût, dont les habitans des côtes de cette île se servent à la place du sucre. Ils recueillent aussi cette plante avant qu’elle soit couverte de ce sucre, pour la manger en salade. Ne trouveroit-on pas aussi cette plante sur nos côtes ? & pourquoi ne pas essayer sur l’algue ordinaire prise dans la mer même ?

Pour parvenir à obtenir ce sucre en assez grande quantité, il est essentiel que cette plante soit tirée de l’eau dans le tems de la canicule, & qu’on la couvre le plutôt qu’on pourra avec une étoffe de laine pour la garantir de l’air, parce que cette plante contient un sel volatil qui s’évapore insensiblement quand elle est exposée au soleil & à l’air. On n’en trouve point du tout sur ces plantes que la mer jette sur le rivage. Quoique l’usage de ce sucre soit très-ancien en Islande, M. Oldenbourg est le premier qui en ait parlé en 1747, dans les Transactions philosophiques de Londres. On trouve encore ce procédé désigné dans une Description d’Islande.



ALIAIRE. (Voyez Planche 7, p. 287) M. Tournefort place cette plante dans la quatrième section de la cinquième classe, qui comprend les herbes à fleur de plusieurs pièces régulières, en forme de croix, dont