Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/45

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du sexe féminin doit nécessairement exister dans l’embryon de chaque abeille ouvrière, & que son développement ne dépend que de certaines circonstances, telles qu’une plus grande cellule, une nourriture & des soins particuliers, propres à déterminer le sexe féminin à paroître ; 3º. que les faux-bourdons, quoique les seuls mâles de l’espèce, ne sont point nécessaires à la réproduction des individus, puisque la femelle est féconde sans leur concours.

Le résultat de ces observations offre de grandes difficultés à résoudre. 1º. Comment le sexe féminin, que M. Schirach suppose préexistant dans l’embryon de chaque abeille ouvrière, a-t-il échappé aux recherches exactes de l’infatigable Swammerdam, qui n’a rien trouvé dans ses dissections anatomiques qui pût l’indiquer ? La différence entre les trois genres d’individus de l’espèce des abeilles, n’est pas si grande, pour ne pas observer dans les ouvrières les traces d’un ovaire si aisé à remarquer dans la reine. Cependant M. de Réaumur, ainsi que Swammerdam, qui a ouvert & examiné l’intérieur des abeilles ouvrières dans toutes les saisons de l’année, n’a rien découvert qui fût analogue à un sexe décidé. J’avoue que ce n’est point absolument une raison pour nier son existence, qui peut avoir échappé aux recherches de ces savans naturalistes, mais au moins c’en est une très-forte d’en douter, tant que des observations plus multipliées ne détruiront pas le résultat des leurs.

2º. La reine-abeille n’attend pas, pour loger les œufs qu’elle est pressée de pondre, la construction entière des cellules ; quelquefois le fond est à peine ébauché, qu’elle y en place un. Les abeilles ouvrières, qui connoissent mieux que nous l’espèce d’œufs que pond leur mère, peuvent bien distinguer ceux qui donneront des femelles, & les transporter dans une cellule convenable, ou rendre celle où ils sont placés plus spacieuse, quand même le ver est sorti de sa coque. M. Riem a remarqué ce déplacement des œufs de la part des ouvrières.

3º. Dans le couvain que M. Schirach a mis dans ses boëtes, il peut s’y être trouvé des œufs ou des vers d’où seront nés des faux-bourdons ; cela est même très-probable. Dans l’état d’œufs ou de ver, il n’est point possible de les distinguer de ceux des autres abeilles, au rapport même de M. Schirach, qui ayant pris deux vers, l’un dans une cellule royale, l’autre dans une cellule commune, les a observés au microscope, & n’a pas remarqué la moindre différence entr’eux. Dans cette supposition, ces faux-bourdons naissent en même-tems que la reine, & peuvent par conséquent la rendre féconde. Admettons que M. Schirach ait été assuré qu’il n’y avoit point de germe de faux-bourdons dans le couvain qu’il a mis dans ses boëtes : est-il également certain que ceux des autres ruches, qui ne sont point dévoués à la solitude, comme les femelles, ne seront point allés, attirés par l’odeur, trouver la jeune reine ? Les ouvrières se seroient opposées à laisser entrer dans leur habitation des étrangers ! Dans toute autre circonstance, cela est vrai ; mais connoissant le