Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/454

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


égaux & semblables, comme l’a observé Swammerdam, & M. Maraldi, qui a donné la mesure de leurs angles. M. de Réaumur a remarqué que les abeilles oublioient quelquefois leurs proportions ; qu’il y avoit de ces rhombes qui approchoient beaucoup du quarré parfait, tandis que d’autres s’en éloignoient infiniment ; ce qui ne devroit jamais arriver, si la comparaison que veut établir M. de Buffon étoit exactement vraie. Les abeilles, comme l’ont observé ces savans naturalistes, commencent toujours par établir la base pyramidale qui sont les trois rhombes réunis ; elles élèvent ensuite peu à peu les trapèzes du tuyau exagone : souvent l’ouvrage est interrompu & repris : une seule abeille ne bâtit pas une cellule, plusieurs y travaillent. Elle est ébauchée par les unes, dégrossie par d’autres, qui laissent le soin à de plus habiles, peut-être, de la finir, & de lui donner le degré de poli qu’elle doit avoir. Un alvéole est donc l’ouvrage de plusieurs abeilles qui se succèdent, se remplacent dans la construction de cet édifice.

Que deviennent enfin toutes les comparaisons mécaniques qu’on se plaît à établir pour rendre raison des ouvrages des abeilles, quand on considère les cellules qui servent de berceau aux reines ! Ces sortes de cellules n’ont aucun rapport aux autres pour la grandeur, puisque leur axe, leur grand diamètre sont au moins le double de ceux des cellules des faux-bourdons, qui sont encore plus grandes que celles des ouvrières. La figure des cellules des faux-bourdons & des ouvrières est exagone, leur base est pyramidale : celles des reines sont oblongues, plus grosses dans le milieu qu’aux extrémités ; leur diamètre n’est point par conséquent uniforme ; elles sont isolés ; il est assez rare d’en voir deux à côté l’une de l’autre : leur extérieur est raboteux & grossier ; cependant les mêmes ouvrières construisent les unes & les autres. Tout cela ne démontre-t-il pas, ainsi que l’observe judicieusement M. Bonnet dans ses Considérations sur les Corps organisés, tom. III, pag. 294, que la construction des cellules des abeilles n’est point le simple résultat d’une mécanique aussi grossière que l’a pensé M. de Buffon ?


Section V.

Talens des Abeilles dans la construction de leurs édifices. Quelle matière emploient-elles, & quels sont les instrumens dont elles se servent ?


C’est toujours au sommet intérieur de la ruche que les abeilles jettent les fondemens de ces édifices admirables par leur régularité, leur figure, leur extrême délicatesse, & leur solidité. Une forte attache appliquée en forme de main au haut de la ruche, règne le long des deux côtés du gâteau, afin que son poids, quand il sera prolongé, ne l’entraîne point sur le support de la ruche. Leur ardeur pour le travail seroit peu satisfaite d’un premier édifice ; peu d’entr’elles seroient occupées, tandis que le plus grand nombre demeureroit dans l’inaction : c’est pour seconder cette ardeur, qu’on les voit bientôt jeter les fondemens d’un second & d’un troisième gâteau,